Un Portrait de jeune femme en tenue de cour de Lucas Cranach l’Ancien (1472-1553) est présenté à Paris, dans les nouveaux locaux de la galerie De Jonckheere, 65 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le tableau figure dans l’exposition « Peindre le monde », consacrée aux maîtres des Pays-Bas occidentaux, qui marque le retour de la galerie dans la capitale. Elle se tient jusqu’au 20 novembre.
L’huile sur panneau de tilleul, datée d’environ 1525-1535, mesure 37,1 × 25,2 cm et se trouve dans un remarquable état de conservation. Une inconnue y croise les mains gantées, ornées de bagues, au-dessus d’une robe raffinée et d’un collier de chaînes ouvragées. Elle porte un chapeau de velours rouge, a le visage doux et le regard oblique, dans des yeux en amande.
Une Ève maniériste
La posture est codifiée et les lignes sont sinueuses, influencées par le maniérisme et la figura serpentinata. Celle-ci fait écho au serpent ailé qui sert de signature à Cranach, peintre officiel de la cour de Saxe, et à l’Ève tentatrice et au serpent. Le portrait rappelle aussi une autre œuvre du peintre, une Vénus nue coiffée d’un chapeau de cardinal.
Ami de Martin Luther et de penseurs humanistes, Cranach illustre ici l’esprit de la Réforme à travers le Weibermacht, le pouvoir des femmes, une inversion subtile des valeurs.
Un chapeau pourpre
L’expert en tableaux anciens Éric Turquin juge, de son côté, que le tableau est « une critique voilée de la hiérarchie catholique ». Il note que la jeune femme, dont l’identité est inconnue, porte un chapeau pourpre de cardinal. Au moment où l’œuvre est peinte, vers 1525-1530, on ignore si Cranach s’est déjà converti au protestantisme. Pour Éric Turquin, ce tableau vise aussi les mœurs des Borgia, une allusion que tout le monde comprenait alors en Allemagne.
La galerie l’a dévoilé à Frieze Masters. Il vient d’une collection privée suisse, à laquelle elle l’avait vendu il y a vingt ans, et il était resté en mains privées depuis le XVIIIe siècle. Il provient de la collection de James Whatman (1702-1759), papetier anglais inventeur du papier vélin, puis a été transmis à ses héritiers. Connu dans une collection anglaise depuis le XVIIIe siècle, il a été vendu à Londres en 2004 et ne pose pas de problème de provenance, précise l’expert.
Source : Connaissance des Arts