Georges Kars, peintre oublié, de retour à Paris au mahJ

Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ), à Paris, consacre une exposition à Georges Kars (1880-1945). Depuis la mort du peintre, aucune rétrospective de son travail n'avait été organisée dans la capitale. Une seule exposition personnelle lui a été dédiée, en 1983 à Troyes, avec le soutien des collectionneurs Denise et Pierre Lévy.

« Georges Kars, un Bohémien à Paris » réunit 150 peintures, dessins et archives, grâce à de nombreux prêts de la galerie nationale de Prague. Pascale Samuel et Anna Pravdova en sont les commissaires. Le parcours va de la naissance de Kars dans une famille juive, près de Prague, à sa mort à Genève, après un passage par les camps pendant la Seconde Guerre mondiale.

De Munich à Montmartre

Né Jiri Karpeles dans une petite ville du nord de Prague, Kars change de nom quand l'antisémitisme gagne le pays. Il part pour Munich et suit les cours de Franz von Stuck. Ses échanges avec Jules Pascin à Munich, puis avec Juan Gris à Madrid, le conduisent à Paris, où il arrive en 1908. Il s'installe à Montmartre, fréquente le Bateau-Lavoir et expose chez la galeriste Berthe Weill.

Avec sa compagne, Nora Berta Braun, il côtoie l'avant-garde, de Soutine à Chagall. Kars expose au Salon d'Automne, et Apollinaire le mentionne dans ses Chroniques d'art. Entre les deux guerres, Berthe Weill lui consacre deux expositions personnelles et l'invite à une vingtaine d'expositions collectives.

L'accrochage place ses toiles au milieu d'œuvres de ses contemporains de l'École de Paris. Son portrait du sculpteur tchèque Otto Gutfreund (1913) est entouré de bronzes cubistes de ce dernier. Après la guerre, Kars rencontre Suzanne Valadon, Maurice Utrillo et André Utter : il peint Utrillo et, vingt ans plus tard, dessine Valadon sur son lit de mort. On croise aussi Pascin, avec qui il partage modèles et ateliers, et la sculptrice Chana Orloff, avec qui il quitte clandestinement la France en 1942.

L'exil et la fin

Le début de la guerre d'Espagne l'oblige à quitter la Catalogne, dont il aimait peindre les paysages. Retourné à Prague, il doit fuir dès 1939 devant les menaces nazies. L'année suivante, malgré le soutien de la galeriste Katia Granoff, il s'exile en Suisse, où il est interné.

Paul Salmona, directeur du mahJ, définit Kars comme un « Européen inquiet » et précise que, en découvrant l'ampleur de la Shoah, ce « grand inquiet » est « rattrapé par la nuit ». Relâché mais hanté par les images d'Auschwitz, Kars se jette du cinquième étage de son hôtel à Genève. Ses dernières œuvres, aux couleurs sombres, traduisent un sentiment de menace permanente.

Source : Connaissance des Arts