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« La vie en relief », Lartigue en 3D au Jeu de Paume

Le Jeu de Paume projette en 3D « La vie en relief », documentaire de Denis Gaubert, du 20 octobre au 8 novembre 2026. Le film, sorti en salles le 16 septembre, montre sur grand écran les plaques stéréoscopiques de Jacques Henri Lartigue, quarante ans après sa mort. La séance d’ouverture, le mardi 20 octobre à 19 h 30, est suivie d’un échange avec le réalisateur et Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume.

Les séances continuent ensuite les 21, 22, 23, 27, 28, 29, 30 et 31 octobre, puis les 1er, 3, 5, 6, 7 et 8 novembre, le plus souvent en fin d’après-midi. Elles ont lieu dans la salle de cinéma du musée, place de la Concorde.

Cinq mille vues en relief

Lartigue est né le 13 juin 1894 à Courbevoie. Son père, photographe amateur, lui offre un premier appareil à huit ans. Quand le MoMA l’expose en 1963, il a 69 ans et presque tous les tirages datent d’avant 1914. À sa mort, en 1986, il laisse plus de 120 000 clichés et 126 albums.

Entre 1903 et 1929, il réalise environ 5 000 vues au stéréoscope, surtout au format 6 × 13 cm. Selon Bill Hibbert, qui avait numérisé l’ensemble des plaques pour le coffret « Hidden Depths » (2004), elles ne forment que 5 % de sa production mais près d’un quart de ses images publiées. Le saut de sa cousine Madeleine Van Weers dans l’escalier, en 1905, ou Zissou en fantôme à Châtel-Guyon, en juillet de la même année, ont d’abord été des vues en relief : les tirages plats n’en montrent qu’une moitié. « Je faisais tout en stéréo, ce qui donne énormément de vie aux photos », disait le photographe. Faute de bonne solution de reproduction, ce fonds n’a jamais vraiment été montré en relief.

Le principe copie la vision humaine : deux objectifs côte à côte exposent deux vues décalées sur une même plaque de verre, qu’un stéréoscope présente ensuite à chaque œil. Charles Wheatstone invente le stéréoscope en 1832 ; David Brewster le popularise en 1851.

Quatre ans de restauration

Pour son premier long-métrage documentaire, le chef opérateur Denis Gaubert a examiné une à une les 5 000 vues et en a retenu 323 au montage. La restauration, confiée à On-Situ, société de Chalon-sur-Saône, a duré quatre ans, sans intelligence artificielle. Le relief n’a pas été fabriqué en post-production : c’est celui capté à l’époque. Il a fallu recaler les couples d’images pour un écran de plusieurs mètres, alors que ces plaques étaient pensées pour être regardées de très près. « Les procédés anciens étaient déjà d’une précision hallucinante », résume le réalisateur.

Un court programme de 14 minutes, « Stéréodrome », précède le film. Il rappelle le succès commercial des vues stéréoscopiques sous le Second Empire, qualifiées par Denis Gaubert de « forme pionnière de réalité virtuelle ». Le cinéaste Wes Anderson dit de Lartigue : « Votre regard plonge dans les profondeurs des images. C’est fascinant ! »

Source : Jeu de Paume