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Madrigall passera ses manuscrits au détecteur d'IA dès 2027

À partir de janvier 2027, les manuscrits reçus par les maisons du groupe Madrigall, holding de la famille Gallimard, seront soumis à un logiciel de détection d’intelligence artificielle. France Inter a rapporté l’information le 22 octobre, d’après une source proche du dossier : Antoine Gallimard a prévenu par courriel les éditeurs du groupe.

Madrigall est le quatrième groupe éditorial français. Sont concernés, entre autres, Flammarion, Denoël, Folio, J’ai lu, Casterman, P.O.L et Minuit. Le logiciel retenu n’a pas été précisé, pas plus que les conséquences d’un résultat positif sur la publication d’un livre. On ignore aussi si les traductions seront contrôlées.

Dans le sillage de l’affaire Orélien

L’annonce tombe au lendemain d’une décision de la maison québécoise Boréal. Le 21 octobre, elle a mis fin à sa collaboration avec Thélyson Orélien, auteur de « C’était ça ou mourir », publié en France chez Grasset. Une expertise de plusieurs versions de travail a révélé des traces de balises liées à l’IA dans les métadonnées de certains documents. Boréal reconnaît qu’on ne saura sans doute jamais dans quelle proportion l’IA a servi. L’écrivain conteste.

Les premiers soupçons remontaient au 21 septembre et s’appuyaient sur des extraits passés au logiciel Pangram. Quatre jours plus tard, l’Académie Goncourt retirait le roman de sa sélection, en invoquant des plagiats antérieurs et des analyses convergentes sur l’usage de l’IA. Selon France Info, les huit livres gardés pour le deuxième tour ont eux aussi été examinés avec Pangram 4, a indiqué son président, Philippe Claudel.

Un second nom, des scores contestés

Un autre titre est revenu après des tests : « Je » de Lilia Hassaine, paru chez Gallimard le 20 août. Gilles-Martin Chauffier, membre du jury du prix Interallié, raconte que l’IA serait apparue sur 40 % des pages lors de la seconde réunion du jury, sans certitude. Un test comparatif sous Pangram 4.0 donne 84 % (« Mixed ») pour le roman d’Orélien et 21 % pour celui de Lilia Hassaine. L’autrice a transmis la capture d’un score de 10 %, qu’elle dit obtenu par Gallimard et par elle-même. Son roman n’a pas été repris dans la deuxième liste du Goncourt, le 6 octobre, mais rien ne relie ce choix à un soupçon d’IA. Il figure toujours parmi les seize titres du Goncourt des lycéens.

Le fabricant de Pangram revendique un taux de faux positifs de 0,0041 %. Des évaluations indépendantes ont mesuré jusqu’à 2 % environ, selon une étude de l’université du Maryland de 2025. Sa documentation technique du 16 octobre conseille d’écarter les pages de titre et les sommaires avant l’analyse, et de privilégier les fichiers texte ou Word aux PDF.

Gallimard n’est pas le premier à franchir le pas. Albin Michel utilise déjà un logiciel de détection, dont le verdict ne décide pas de la publication : la lecture humaine garde la priorité. Jusqu’ici, en France, la protection des éditeurs reposait presque entièrement sur l’expérience des lecteurs de manuscrits. On ignore si les auteurs seront informés des résultats et s’ils pourront fournir leurs versions de travail.

Source : France Inter