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Mort de René Belletto, auteur de « L'Enfer », à 81 ans

L'écrivain français René Belletto est mort dimanche à l'âge de 81 ans. Ce sont les éditions P.O.L qui l'ont annoncé, dans un message d'hommage où elles disent leur « très grande tristesse » et rappellent les 22 ouvrages publiés par la maison, dont L'Enfer, son roman le plus célèbre.

Né le 11 septembre 1945 à Lyon, de parents aux origines espagnoles et italo-françaises, il avait fait des études de lettres au lycée du Parc, puis à l'université. Avant de devenir romancier, il a été critique de cinéma pour l'hebdomadaire Lyon Poche de 1976 à 1982, sous le pseudonyme de François Labret. Installé à Paris depuis 1978, il a gardé sa ville natale comme l'un des principaux décors de ses fictions.

Du fantastique au prix Femina

Tout commence en 1974 avec Le Temps mort, un recueil de nouvelles fantastiques couronné par le prix Jean-Ray. Viennent ensuite Les Traîtres mots ou Sept aventures de Thomas Nylkan chez Flammarion, puis Livre d'histoire en 1978 et Film noir en 1980.

Le tournant date de 1981 avec Le Revenant, distingué par le prix de l'été VSD-Radio Monte-Carlo. Le livre ouvre une trilogie lyonnaise qui se poursuit avec Sur la terre comme au ciel (1982), grand prix de littérature policière, puis L'Enfer (1986). Intrigues criminelles, dérèglements psychologiques, hasards inquiétants et absurde s'y mêlent. Le dictionnaire Larousse rapproche cette veine du roman noir américain de David Goodis et William Irish.

Publié chez P.O.L en 1986, L'Enfer reste son plus grand succès critique. Son héros, Michel Soler, ancien pianiste séparé de sa compagne, traverse un été étouffant dans un Lyon déserté. Au bord du suicide, il est entraîné dans une série d'événements violents et invraisemblables : rencontres dangereuses, enlèvement, intrigues amoureuses. Le roman associe suspense, humour noir et réflexion sur la solitude. Il a reçu la même année le prix Femina, le prix du Livre Inter et le prix Gutenberg du meilleur suspense, puis a été traduit en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Brésil et en Corée du Sud.

Deux romans portés à l'écran

Le cinéma s'est intéressé à son univers. En 1985, Michel Deville a adapté Sur la terre comme au ciel sous le titre Péril en la demeure, avec Christophe Malavoy, Nicole Garcia, Michel Piccoli, Anémone et Richard Bohringer. Le film suit les manipulations et les intrigues sentimentales autour d'un professeur de guitare dans une famille bourgeoise lyonnaise.

En 1994, François Dupeyron a porté à l'écran La Machine, paru quatre ans plus tôt, avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye et Didier Bourdon. Un psychiatre y échange son corps avec celui d'un dangereux psychopathe à cause de son invention. René Belletto a aussi écrit deux scénarios pour la série télévisée Le Lyonnais.

Il a poursuivi son exploration du fantastique et des troubles de l'identité avec Régis Mille l'éventreur (1996), Ville de la peur (1997) et Créature (2000), une seconde trilogie noire où le récit policier s'ouvre peu à peu à la science-fiction et aux mondes parallèles.

Dickens, Burton et Bach

Son œuvre ne se limite pas au roman noir. Il a publié Remarques (1991), Mourir (2002), Petit traité de la vie et de la mort (2003), Coda (2005), Hors la loi (2010), Le Livre (2014) et Être (2018), des textes qui prolongent ses interrogations sur l'existence, la mort, la perception du réel et les frontières de la fiction.

Lecteur passionné de Charles Dickens, il lui a consacré en 1994 un ouvrage de plus de 650 pages, Les Grandes Espérances de Charles Dickens. Il a également traduit La Triste Fin du petit enfant huître et autres histoires, recueil de poèmes et de courts textes de Tim Burton paru chez 10/18.

Guitariste et passionné de musicologie, il faisait régulièrement une place aux musiciens et aux compositeurs dans ses intrigues, en particulier à Jean-Sébastien Bach. Son dernier livre, publié en novembre 2023 chez P.O.L, porte justement le titre Jean-Sébastien Bach : un essai de courts textes, entre méditation, aphorisme et réflexion musicale, qui revient sur la vie et l'œuvre du compositeur, ainsi que sur la création artistique, l'enfance et les rapports entre musique et existence. Pour Belletto, l'art de Bach constitue une lutte pour la vie.

Source : ActuaLitté