Angelin Preljocaj, directeur du Ballet Preljocaj-Centre chorégraphique national d'Aix-en-Provence, présente à Paris sa nouvelle pièce, « Soulèvement », écrite pour douze interprètes. Elle se joue au Théâtre de la Ville du 22 octobre au 7 novembre 2026. Le chorégraphe en parle au lendemain de la première parisienne.
La création a d'abord été montrée au Grand Théâtre d'Aix-en-Provence, où la compagnie est en résidence, puis à Tirana, en Albanie, pays d'origine de ses parents, arrivés en France en 1957, l'année de sa naissance. La musique est signée Irène Drésel, avec le percussionniste Sizo Del Givry.
Une actualité qu'il n'avait pas prévue
Preljocaj assure ne pas avoir de don de voyance. Depuis deux ans, dit-il, il voit des soulèvements surgir autour de la planète « comme des geysers », et il y a vu une énergie, des corps qui se lèvent, de quoi dynamiser son écriture. Il pensait présenter le spectacle dans un contexte plutôt apaisé. À Tirana, la semaine précédente, des manifestants étaient dans la rue, avec des gaz lacrymogènes et des fumigènes, puis le public est entré voir sur scène ce qu'il venait de croiser dehors.
Ce qu'il veut montrer, c'est la beauté de la force qui rassemble face à l'injustice, plutôt que la violence ou le chaos. Il cite comme sources la révolte de la « Gen Z » au Népal, les femmes d'Iran et la « révolution des parapluies » à Hong Kong.
Des images et des symboles
La pièce comporte des scènes de violence. Des hommes en noir, brassards au bras, frappent des manifestants. Trois silhouettes en combinaison argentée arrêtent une femme dont la nuque est écrasée par un genou, geste qui rappelle la mort de George Floyd selon le chorégraphe. Leur aspect futuriste évoque pour lui des machines pilotées par l'intelligence artificielle, et il s'inquiète de voir un jour des machines gérer la foule. Une autre scène montre une femme qui perd un œil.
À la fin, un écran en fond de scène affiche des visages de personnes d'origines diverses, avec des images du Front populaire, de la victoire contre le franquisme en Espagne et du « Cuirassé Potemkine » d'Eisenstein. L'idée est de montrer le bonheur d'avoir lutté et obtenu justice.
Interrogé sur la réponse des autorités aux jeunes qui manifestent, il juge qu'elles sont « un peu sourdes ». Il regrette aussi que d'autres événements se greffent autour des mobilisations, ce qui, selon lui, permet de discréditer toute la révolte.
La suite du calendrier
Après Paris, « Soulèvement » part en tournée à partir du 10 novembre dans une douzaine de villes françaises, dont Lanester, La Ciotat, Versailles, Dijon, La Rochelle, Marseille et Aix-en-Provence, puis en Italie et en Allemagne. Preljocaj prépare déjà « Impressions », un programme autour de la peinture impressionniste, prévu au théâtre de Chaillot, à Paris, en janvier 2027. Depuis la création de sa compagnie en 1985, il a chorégraphié 64 pièces, et il n'envisage pas de prendre sa retraite.
Source : franceinfo