Publié avec le soutien de

À Preston, un photographe retrouve les jeunes de ses clichés de 1980

En 1980, Sam Hill, alors étudiant en photographie, parcourait les rues de Preston à la recherche de jeunes qui sortaient du lot : des mods, des punks, des esprits libres. Il les arrêtait, prenait leur portrait et repartait. « Je pense que j’ai saisi une génération particulière », dit-il. Il n’a jamais demandé leurs noms.

Ces visages ne l’ont plus quitté pendant cinq décennies. Après une carrière non pas dans la photographie mais dans le graphisme, il s’est lancé dans une mission : retrouver ceux qu’il avait photographiés adolescents. Il n’avait que ses images. Les recherches ont duré des mois, entre appels en ligne, réseaux sociaux, courriels, coups de téléphone et d’innombrables conversations.

Elles ont donné lieu à des retrouvailles émouvantes et à l’exposition « Alternative Kids », présentée au Harris Museum de Preston jusqu’au 10 janvier.

Pour Sam Hill, la plus grande surprise n’a pas été de découvrir ce que ces jeunes sont devenus, mais les émotions que sa démarche a suscitées. « Cela m’a fait mieux penser des êtres humains », explique-t-il. Il affirme être sorti de chaque rencontre « enrichi et réconforté ».

Des parcours très différents

Ray Balch, qui avait passé une partie de son adolescence en foyer, avait trouvé un sentiment d’appartenance dans la scène punk et new wave de Preston. « C’était une communauté soudée, comme une famille », raconte-t-il. À l’exposition, il a montré sa photo à son épouse, qu’il a rencontrée deux ans après la prise de vue.

Sur le cliché, il se tient devant William Routledge, qui reconnaît avoir été « jeune et idiot » à l’époque. Les études allaient bien, dit-il, jusqu’à l’arrivée du punk. Il a perdu des amis à cause de l’alcool et de la drogue. Aujourd’hui, il anime un groupe de soutien à la santé mentale des hommes. « J’ai probablement sauvé quelques personnes qui ne seraient peut-être plus là sans cela », assure-t-il.

Parmi les sujets de Sam Hill figurent aussi des artistes, des enseignants, des écrivains, des musiciens, des avocats et un DJ de renommée internationale. Jon DaSilva est passé de Preston au Hacienda, puis à la production et à la scène musicales dans le monde entier. Il voit dans cette génération une créativité, celle d’une génération qui suivait souvent ses rêves.

Une jeune femme disparue deux jours après la photo

Pour Sam Hill, l’un des moments les plus gratifiants a été de rendre les photos aux familles de personnes décédées. Les deux meilleures amies Debbie Consiglio et Zena Gabrysch avaient été photographiées séparément, ainsi que le petit ami de Zena, Alan Burton. Deux jours plus tard, en route pour un concert d’Adam and the Ants, Zena est morte dans un accident de voiture.

Son frère Stefan Gybrisch, Debbie et Alan sont venus à l’exposition pour se souvenir d’elle comme d’une personne « vraiment cool, impulsive et créative ». « Quand on perd quelqu’un d’aussi merveilleux, on perd tout ce qu’elle aurait fait de merveilleux », a déclaré Alan.

Chaque image porte désormais un nom, chaque visage une histoire. Sam Hill y voit un message plus large : même avec quelqu’un qui est à l’opposé de nos idées politiques, une photo vieille de 46 ans suffit à ouvrir la conversation. « On se rend compte que la fracture est autre chose », dit-il. « Les êtres humains se ressemblent tous beaucoup. »

Source : BBC News