Prune Nourry expose 18 sculptrices oubliées au Petit Palais

Le Petit Palais, avenue Winston-Churchill à Paris, a donné carte blanche à Prune Nourry pour occuper ses deux étages. L’exposition « Visionnaires », ouverte dans le cadre d’une saison du musée entièrement féminine, s’achève le 24 janvier 2027. Vendredi matin, l’artiste y a accueilli un groupe de journalistes, vêtue de son bleu outremer signature.

Le point de départ est un chiffre : dans les collections du musée, les créations de femmes artistes ne représentent que 4 %. « En réponse à ce constat, je me suis lancée dans une chasse aux trésors pour retrouver la trace de sculptrices au Petit Palais », raconte la plasticienne.

Quinze sculptrices et trois figures allégoriques

Prune Nourry a mené une enquête avec trois historiennes de l’art et réuni lettres, écrits et archives d’une soixantaine de sculptrices. Elle connaissait Sarah Bernhardt, davantage comme actrice que comme plasticienne, et Camille Claudel, la seule qu’elle ait sculptée en pied, en référence au Monument à Balzac d’Auguste Rodin. Berthe Girardet et Hélène Bertaux, qui a fortement contribué à l’admission des femmes à l’École des beaux-arts en 1897, lui étaient inconnues.

Au quatuor du Petit Palais s’ajoutent onze personnalités choisies avec un comité scientifique pour leur engagement social, leur attachement à Paris et leur rapport à la maternité. Jane Poupelet, Nancy Elizabeth Prophet et Daria Gamsaragan sont installées dans le jardin.

Trois autres bustes sont allégoriques : ils empruntent les traits de plusieurs anonymes, en creux. « Quand on plisse les yeux, on discerne un visage en volume. Cet effet de trompe-l’œil permet de combler l’absence de ces femmes qui ne sont plus », explique l’artiste devant Les Internées, un bronze blanc posé sur un plateau en bois d’atelier dans la galerie nord. Il évoque les femmes en marge, enfermées dans des hôpitaux psychiatriques.

Dans le pavillon nord, deux plâtres XXL voisinent avec Clara Rilke et Wang Jingyuan. Les Élèves incarnent les apprenties restées dans l’ombre de leur professeur. Les Passeuses représentent les « adjuvantes » des grands maîtres, comme Cléopâtre Bourdelle Sévastos, qui a renoncé à sa vocation de sculptrice pour superviser la carrière de son mari, Antoine Bourdelle.

Les plus grandes Visionnaires mesurent entre 2,5 et 3,5 mètres. Montées en plusieurs morceaux sur un squelette métallique, elles sont en béton cellulaire, un matériau choisi pour sa légèreté. « De petit, le Petit Palais n’a que le qualificatif ; cela dit, ses accès ne sont pas si grands », plaisante Prune Nourry.

Un dialogue avec le parcours permanent

La section « En regard » met des œuvres plus ou moins récentes de l’artiste face aux collections. Près de l’entrée, une Selma Hortense Burke de 90 cm répond à un buste de femme de l’École vénitienne des XVIIe-XVIIIe siècles, en bronze et métal, qui a attiré l’attention de Prune Nourry dès sa première traversée des collections avec la commissaire Sixtine de Saint-Léger. Quelques trompe-l’œil dans les salles transforment la visite en jeu de piste.

Au rez-de-chaussée, La Femme au singe (1908) de Camille Alaphilippe, en grès et bronze, côtoie Bébé domestique (2006), une créature mi-chien mi-enfant en tilleul, aux yeux de verre, qui interroge l’anthropomorphisation des animaux domestiques. Plus loin, Pomone (1812) de Pierre-Nicolas Beauvallet dialogue avec Atys (2022), un élément de décor conçu pour un ballet d’Angelin Preljocaj : coulé en bronze, il donne pourtant l’illusion d’avoir été tressé en corde.

Pour Prune Nourry, un projet en cache souvent d’autres, qu’elle voit comme des branches fortuites. Les 108 Vénus dionysiennes, bientôt inaugurées dans la gare de Saint-Denis – Pleyel, ont donné lieu à une collecte de terres locales et à une série de sculptures réalisées avec l’association La Maison des femmes. Elle aimerait aussi montrer ses dix-huit Visionnaires de 70 cm, les plâtres qui ont servi de modèles aux grands formats, face aux œuvres des sculptrices qu’ils représentent, et cherche des institutions prêtes à accueillir cette exposition.

Source : Connaissance des Arts