Simon de Pury juge le marché de l'art « mûr pour une révolution »

Le commissaire-priseur Simon de Pury, 75 ans, affirme que le marché de l'art « vit un tournant fascinant et a besoin d'une révolution ». Il s'exprime dans un entretien accordé à Swissinfo à Zurich, après la première du documentaire « The Hammer » (« Le marteau »), présenté en septembre au Festival du film de Zurich.

Le Genevois installé à Monaco depuis 2000 a passé seize ans chez Sotheby's. Il a ensuite géré la collection privée du baron Heinrich Thyssen-Bornemisza et supervisé son transfert de Lugano vers le musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. En 2000, il a aussi racheté la maison Phillips, fondée en 1796, qu'il a cédée en 2012 à Mercury Group. Depuis, il travaille avec sa propre société, qui compte un seul assistant. Il a par ailleurs organisé, le 7 juillet 1988, la première vente aux enchères d'œuvres d'art en Union soviétique.

Un modèle arrivé au bout de sa course

Selon lui, le modèle actuel est né de la vision de Peter Wilson, nommé président de Sotheby's en 1958. « Tout ce qu'il avait prévu s'est réalisé en fait. Mais les limites de ce que ce modèle économique peut apporter sont atteintes », dit-il. Il juge « nécessaire » une disruption totale.

Il situe le changement du côté de la technologie et des jeux vidéo, pas des acteurs traditionnels. Les maisons de ventes, explique-t-il, augmentent leurs commissions dès que le bénéfice diminue. Sur un objet vendu, dit-il, il laisse « au moins 28 % » sur la table, des marges qu'il qualifie d'« absurdes ». Les réduire permettrait selon lui d'élargir le marché.

Simon de Pury décrit un monde de l'art qui s'est éloigné du public en l'intimidant. Les technologies pourraient le rendre plus accessible en diffusant le savoir. Il a lui-même créé une plateforme en ligne où son avatar mène des ventes aux enchères et met en relation artistes et galeries avec des acheteurs.

Galeries sous pression, nouveaux collectionneurs

Selon lui, le marché est dominé par de grosses galeries et de grands acteurs, tandis que les petites et moyennes subissent une forte pression, notamment celles spécialisées en art latino-américain et africain. La plupart n'ont plus les moyens de courir d'une foire à l'autre, et pour y être acceptée, une galerie doit disposer d'un espace physique.

Il observe aussi que de nouveaux profils arrivent. Kanye West a ouvert la voie chez les rappeurs en confiant ses pochettes à Takashi Murakami puis à George Condo, avant que Jay-Z, Pharrell Williams ou Puff Daddy s'intéressent à l'art afro-américain. Les acteurs de la tech, eux, n'ont pas encore vraiment fait leur entrée, pas plus que le football : il suffirait selon lui qu'Erling Haaland se mette à collectionner pour lancer un mouvement.

Simon de Pury estime que les achats asiatiques sont devenus essentiels pour l'avenir du secteur, et que le nombre de collectionneurs africains n'est plus à négliger : il était au Rwanda il y a deux semaines, à l'Institut d'art contemporain de Gihanga, ouvert en décembre 2025.

Source : SWI swissinfo.ch