Deux élus républicains interrogent le Smithsonian sur ses expositions

Deux élus républicains de la Chambre des représentants veulent savoir comment la Smithsonian Institution évalue les expositions qu'on lui propose. Leur démarche fait suite à une installation qui reliait des munitions fabriquées aux États-Unis à la destruction de maisons de civils dans des zones de conflit.

Dans une lettre adressée à Lonnie Bunch III, secrétaire sortant de l'institution, le président de la sous-commission Delivering on Government Efficiency, Tim Burchett (Tennessee), et Brian Jack (Géorgie) écrivent que la sous-commission « craint que le Smithsonian n'examine pas correctement les expositions proposées dans ses musées ».

L'installation « Patterns of Life »

Les deux élus visent un dispositif présenté au Cooper Hewitt de New York dans « Making Home — Smithsonian Design Triennial » (2024-2025). « Patterns of Life » était une commande à Mona Chalabi, journaliste de données née à Londres et installée à New York, et à SITU Research, cabinet d'investigation visuelle fondé à Brooklyn en 2005.

Selon le site du musée, le projet porte sur trois personnes dont les maisons ont été détruites par ce qu'on nomme le « domicide », la destruction massive et systématique de logements du fait d'un conflit militaire, d'un projet urbain ou d'un bouleversement social. Les Nations unies examinent, précisent les auteurs, une éventuelle reconnaissance du domicide comme crime en droit international.

Mona Chalabi et SITU ont enquêté sur des maisons détruites par des armes de fabrication américaine lors de frappes aériennes : en Irak en 2015, en Syrie en 2016 et à Gaza en 2023. Des maquettes d'architecture montraient ces foyers, avec des objets familiaux, des livres ou des jouets, pour « célébrer les vies intimes » qu'ils abritaient. Le musée précise que l'œuvre éclaire le rôle complexe des États-Unis, premier contributeur financier aux opérations de maintien de la paix de l'ONU, mais aussi premier producteur d'armes au monde.

Cette présentation n'était que l'un des 25 projets commandés pour l'exposition, dont certains à des artistes comme La Vaughn Belle, Hugh Hayden, Joiri Minaya, Robert Earl Paige, William Scott, Amie Siegel et Renée Stout.

Un contrôle jugé insuffisant

La lettre arrive après une audition de juillet au cours de laquelle Anthea Hartig, directrice du National Museum of American History, a été interrogée par des élus. Tim Burchett lui avait demandé : « Docteur Hartig, êtes-vous America first ? Aimez-vous l'Amérique ? » Selon les deux élus, des membres avaient alors demandé des informations sur le processus de contrôle des contenus, que l'institution n'a pas fournies.

« La Smithsonian Institution a été fondée pour l'accroissement et la diffusion du savoir », écrivent-ils. « Ses procédures de contrôle des contenus doivent être assez solides pour empêcher des expositions ouvertement partisanes et inexactes. » Ils affirment que l'installation, initialement prévue pour présenter dix immeubles new-yorkais comprimés dans une seule salle, était devenue un dispositif sur des maisons détruites par des munitions américaines lors d'opérations contre l'État islamique et d'autres groupes terroristes.

Le Smithsonian est une cible des républicains depuis le début du second mandat de Donald Trump, qui a signé un décret visant l'institution. Le réseau de musées reçoit l'essentiel de son financement du Congrès. En septembre encore, la Maison-Blanche l'accusait de discrimination et menaçait de couper des subventions fédérales. Ni le Cooper Hewitt ni le Smithsonian n'avaient répondu immédiatement à une demande de commentaire.

Source : ARTnews