Il y a plus de 3 000 ans, les habitants de Sanxingdui, dans la province du Sichuan, en Chine, utilisaient la soie à grande échelle dans leurs rites. Jianbo Guo, Ruochen Ge, Lu Yang et leurs collègues sont parvenus à cette conclusion en étudiant des traces de tissu collées sur des objets du site.
L’étude paraît dans la revue Antiquity. Elle date la soie de la fin de la période Shang, entre 1300 et 1046 avant notre ère. Sanxingdui appartient à l’ancienne culture de Shu.
101 objets portent des résidus
Deux fosses sacrificielles creusées en 1986 contenaient plus de 780 bronzes. Six autres ont été ouvertes entre 2019 et 2022. L’équipe a trouvé des résidus de soie sur 101 objets des fosses K2 à K8. Le bronze arrive en tête, avec 94 pièces issues de 28 types de récipients. L’or, le jade et l’ivoire portent aussi des traces.
Au microscope électronique, les fibres se montrent lisses, sans écailles, larges d’environ 10 micromètres, avec une section arrondie et triangulaire. Ces traits correspondent à la soie de mûrier.
Des tests infrarouges ont détecté une protéine, et la trame serrée écarte l’hypothèse d’un poil animal. L’âge a abîmé les fibres, et le sol y a déposé des composés de carbonate et de silicium.
Couleurs, tissages et emplacement
Certaines pièces gardent leur couleur. Sur un échantillon, des taches rouges sont de l’hématite, un minéral de fer utilisé comme ocre. Les zones jaunes du même tissu sont de la calcite, un minéral habituellement blanc, sans doute teinté par la terre. Comme elle forme des grains épais et serrés, l’équipe pense qu’elle servait de revêtement et non de fixateur de teinture. Un autre échantillon présente une zone rouge profond où la couleur a pénétré les fibres. Des tests Raman au laser indiquent un colorant organique, dont la plante ou l’insecte d’origine n’a pas pu être identifié.
La plupart des étoffes sont en armure toile, quelques-unes évoquent le sergé. Le nombre de fils varie beaucoup : 12 sur 12 par centimètre pour le tissu d’un sourcil de masque, 85 sur 40 pour la soie unie d’un ornement en bronze rond. Certains comptages égalent ou dépassent ceux de Yinxu et de Taixicun, deux sites Shang de la plaine centrale. À la fin des Shang, les tisserands de Shu avaient donc rejoint le niveau de la région centrale.
Un grand masque de bronze portait trois morceaux de soie près de l’œil droit, chacun avec son tissage et son état, donc plusieurs étoffes. Un ornement comptait jusqu’à cinq couches. Dans la fosse K3, la soie se trouvait seulement sous les objets, sur une bande d’environ 0,20 mètre de haut ; dans la K7, la bande atteignait environ 0,10 mètre. De nombreux objets ont été brisés ou brûlés lors des rites. Les auteurs en concluent que la soie a été déposée volontairement : enveloppe, couverture, coussin, ou cadeau en soi.
La soie subsiste sous trois états : remplacée par des minéraux, carbonisée ou bien conservée. Le cuivre du bronze freine les microbes et remplace la matière des fibres, ce qui laisse des fibres creuses et vertes, mais il accélère aussi la dégradation. Sur une pièce d’ivoire, la soie est devenue noire et cassante sous une chaleur prolongée.
Des fusaïoles et des plombs de filet trouvés sur le site évoquent un travail textile local. Aucune preuve directe d’une production de soie n’existe encore. Le site n’a pas non plus livré d’écrits systématiques ; si les Shu écrivaient, la soie aurait pu servir de support, mais les auteurs présentent cela comme une idée, pas comme un résultat.
Source : Antiquity