À Tartu, un sceau de drap d'Amsterdam parmi plus de cinquante plombs

Début octobre 2026, des archéologues ont exhumé à Tartu, en Estonie, un petit disque de plomb de 3,7 centimètres de diamètre. Une face porte un cogue, ce voilier marchand des mers d'Europe du Nord, l'autre les armoiries d'Amsterdam : trois croix de Saint-André superposées. Il s'agit d'un sceau de drap, une étiquette fixée aux tissus vendus, daté du XVe ou du XVIe siècle.

Le disque provient du chantier du futur centre culturel Siuru. Il rejoint plus de cinquante sceaux du même type trouvés sur le site, soit plusieurs fois plus que Tartu n'en avait livré jusqu'ici : les fouilles de la place de l'Hôtel-de-Ville, en 1981, n'en avaient donné que trois. Arvi Haak, responsable de l'archéologie au musée municipal, y voit une source précieuse sur le commerce de la ville médiévale.

Une étiquette qui indique la ville

Cette pratique est née en Flandre au XIIe siècle et s'est étendue en un siècle aux grands centres textiles européens. Les plombs attestaient le lieu de fabrication d'un drap et sa qualité. Pour retrouver l'origine d'un fragment de tissu, il faut des analyses chimiques ; un sceau, lui, affiche souvent sa ville par ses armoiries ou par une inscription.

Une fois les rouleaux de drap coupés en morceaux pour la vente, les plombs ne servaient plus à rien. Le métal se refond facilement, et beaucoup d'étiquettes ont disparu ainsi. Les autres se retrouvent le plus souvent là où la ville jetait ses déchets. Certaines ont aussi pu être répandues dans les jardins avec du fumier. La raison d'un tel nombre de sceaux sur ce site reste inconnue : seule l'analyse de leur répartition dira s'ils reflètent un commerce, des déchets ou les deux.

La plus vaste fouille d'Estonie

Selon la municipalité, il s'agit de la plus vaste fouille jamais menée dans le pays. Lancée en avril 2026, elle doit durer jusqu'à fin 2027 et couvre environ 10 500 mètres carrés. À environ 2,5 mètres de profondeur s'ouvre une couche archéologique épaisse de 1,6 à 2,5 mètres, fouillée à la main par la société Arheox sous la surveillance du musée municipal.

Tartu appartenait au monde hanséatique, qui diffusait les lainages de Flandre, des Pays-Bas, d'Angleterre et d'Allemagne. Dans sa thèse soutenue en 2015, Riina Rammo, de l'université de Tartu, a examiné 3 257 fragments issus de latrines médiévales. Sur les 1 815 lainages analysés en détail, environ 87 % pourraient provenir d'étoffes importées.

Le chantier a aussi livré deux agrafes de vêtement à motif d'aigle datées du XIVe siècle, sans équivalent aussi luxueux en Estonie, et un fourreau de couteau richement orné. Avec le sceau d'Amsterdam sont apparues une broche aux symboles de la Trinité et une petite croix, peut-être portée sur un chapelet.

Source : Ville de Tartu