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Tom Hegen photographie l'ère des minerais dans « The Mineral Age »

Le photographe allemand Tom Hegen publie « The Mineral Age », un livre de 247 photographies aériennes consacré aux effets durables de l'exploitation minière. Il y a travaillé pendant six ans, en parcourant le monde pour documenter les communautés qui subissent de plein fouet la transition énergétique.

Le point de départ tient en un chiffre. D'après ClimateWorks, il faudra extraire 6,5 milliards de tonnes de cobalt, de cuivre, de lithium, de nickel et d'autres matériaux avant 2050 pour répondre aux besoins en énergie.

La plupart de ces ressources se trouvent dans des régions déjà très exposées à la crise climatique : le désert d'Atacama au Chili, les gisements de nickel d'Indonésie, les mines de cobalt de la République démocratique du Congo.

Des paysages transformés

Le livre montre les bassins d'évaporation aux teintes de bonbon qui servent à récolter le lithium dans l'Atacama. Il montre aussi une fosse de nickel couleur ocre, collée à la forêt tropicale de Sulawesi, en Indonésie.

« Ce qui a particulièrement retenu mon attention, c'est que beaucoup de ces ressources sont concentrées dans une poignée de pays, ce qui crée de nouvelles dépendances et vulnérabilités géopolitiques », explique Tom Hegen. « Dans le même temps, leur extraction s'accompagne souvent de conséquences environnementales et sociales importantes, qui reçoivent relativement peu d'attention du public. »

Il se dit convaincu que décarboner les économies et les sociétés est essentiel contre le changement climatique. « La question urgente, cependant, est de savoir à quel prix, et qui supporte ce prix en fin de compte », ajoute-t-il.

Le photographe reprend les inquiétudes de communautés du monde entier, dont celles des Salinas Grandes, dans l'Atacama. L'artiste argentin Tomás Saraceno y mène depuis des décennies un projet collaboratif avec des peuples autochtones qui protestent contre l'extraction du lithium. Ensemble, ils cherchent à préserver les terres ancestrales et les ressources enfouies. « The Mineral Age » en est l'envers : le livre montre les effets vus du ciel, alors que le projet de Saraceno s'inscrit dans la terre elle-même.

« L'une des leçons les plus importantes de ce projet, c'est qu'aucune source d'énergie n'est totalement sans conséquences environnementales ou sociales », dit Tom Hegen. Même les technologies jugées propres ou renouvelables dépendent selon lui de lourds procédés industriels, de grandes quantités de matières premières et de l'extraction de ressources finies.

Comme Tomás Saraceno, il précise que le débat ne porte pas sur la nécessité d'abandonner les énergies fossiles, sur laquelle les deux s'accordent, mais sur la façon d'y parvenir sans reproduire les politiques extractives actuelles. Le livre est publié par Hatje Cantz.

Source : Colossal