Le festival international du film d'animation d'Annecy s'est tenu cette année en pleine canicule, avec près de 40 °C sous le chapiteau. L'intelligence artificielle y a fait l'objet de discussions, notamment lors des tables rondes.
Une table ronde sur l'animation « plus humaine que jamais »
La table ronde « Animation : plus humaine que jamais » était animée par Mark Flanagan, de VFX Jam. Y participaient Henry Daubrez (Google Labs), Jade Hautin (Frogbox), Benjamin Michel et Leo Neumann. Benjamin Michel a estimé qu'une fois la technique prise en charge par la machine, ce qui reste, c'est le goût et le point de vue de chacun. Henry Daubrez a dit qu'un usage paresseux de l'IA tire tout vers la moyenne. Il défend une production hybride, où l'IA assure le rendu et les humains gardent la main sur le mouvement et le design.
Leo Neumann dirige en Allemagne un studio d'une trentaine de personnes. Selon lui, des tests d'IA pour la synchronisation labiale et des voix sous licence sur « The Amazing Kitsuverse » ont coûté plus de temps qu'ils n'en ont fait gagner. Ses règles : ne jamais abandonner le contrôle créatif et ne jamais violer le droit d'auteur de quiconque.
Craintes et collectifs
Quelques semaines avant le festival, Amazon MGM Studios et AWS avaient lancé un fonds pour des programmes réalisés avec l'IA et validé trois projets pour Prime Video. L'un d'eux, « Punky Duck » de Jorge R. Gutiérrez, a suscité des critiques. Son auteur s'est retiré du programme après avoir reçu des menaces, y compris contre sa famille, selon la presse.
Quique Gasca, jeune animateur mexicain, craint que l'IA automatise l'intervalle, ces dessins intermédiaires sur lesquels les débutants apprennent le métier. Le collectif francophone Creative Machines?, fondé fin 2023, compte désormais plus de 1 100 membres. Il a accueilli à Annecy un groupe de réflexion international de 40 à 60 personnes. Jade Hautin, qui y participe, qualifie de « monstrueux » le coût environnemental de l'IA générative entraînée sur des données collectées en masse.