L'Institut Français de la Mode, école parisienne, célèbre ses 40 ans avec une fête mercredi à Paris. Ses dirigeants affirment que la réunion de la création, du savoir-faire artisanal et de la gestion sous un même toit fait sa force.
Un tétraèdre pour expliquer la réussite
Sidney Toledano, président de l'IFM, a dessiné un tétraèdre sur une feuille. Aux trois coins : « creativity », « craftsmanship » et « management ». Au sommet : la marque, centre de gravité de l'ensemble.
Il s'appuie sur son passage à la direction de Christian Dior, du temps où John Galliano faisait monter la maison par sa créativité débridée. Il y avait alors créé un comité produit, nouveauté pour tous. Son message aux équipes : écouter d'abord la vision, car il faut toujours un chef de file pour la création.
Xavier Romatet, doyen de l'IFM depuis 2019, partage cette conviction. Pour lui, les designers, les artisans et les gestionnaires apprennent à comprendre le langage des autres et à travailler ensemble.
Une école qui attire
Le master of arts en design de mode, programme phare, reçoit 350 candidatures pour 20 places en création de vêtements. En moyenne, six candidats se disputent chaque place à l'IFM. Selon Xavier Romatet, la place du design au cœur de l'école a aussi rendu les filières de gestion et de savoir-faire plus attirantes.
L'école compte 1 400 étudiants, dont environ 55 % viennent de l'étranger, avec 70 nationalités. Pour l'année 2026, la gestion de la mode en rassemble 620, le savoir-faire 344 et le design 436.
Xavier Romatet juge aussi précieux que le défilé de fin d'études figure au calendrier officiel de la Fashion Week de Paris.
Des diplômés très demandés
En moyenne, 83 % des étudiants ont un emploi dans l'année qui suit leurs études. Pour l'École de la Chambre syndicale de la couture parisienne, intégrée à l'IFM en 2019, la proportion approche 100 %.
Selon l'école, environ 60 % des diplômés rejoignent de grands groupes comme Chanel, Hermès, Kering, L'Oréal, LVMH ou Richemont. Près de 20 % travaillent pour de plus petites entreprises, 10 % pour des prestataires du secteur et 5 % comme entrepreneurs ou indépendants. Seuls 5 % se dirigent hors de la mode et du luxe.
Parmi les anciens de la filière design figurent Nadège Vanhee-Cybulski, qui dirige la mode féminine chez Hermès, Charles de Vilmorin et Rabih Kayrouz. Côté gestion, d'anciens élèves sont devenus dirigeants ou cadres supérieurs : Catherine Jacquet chez Isabel Marant, Myriam Serrano chez Alaïa et Sybille Darricarrère chez Victoria Beckham.
Fondée par des concurrents, ancrée à Paris
L'IFM naît en 1986, à l'initiative de Pierre Bergé, patron de la couture chez Yves Saint Laurent. À l'époque, selon Xavier Romatet, seuls 2 % des employés de la mode avaient fait des études supérieures, contre 14,5 % dans l'ensemble de l'industrie française. Marques, distributeurs et fabricants se sont alliés malgré leur concurrence.
Le doyen insiste sur l'ancrage parisien : « Vous mettez la même école à Berlin, ça ne marcherait pas. » Des dirigeants et créateurs de maisons parisiennes viennent donner des cours sur le campus, installé dans la Cité de la Mode et du Design depuis 2008. Les marques financent aussi des bourses, de la recherche et des chaires via la Fondation IFM.
L'IFM occupe désormais environ 70 % du bâtiment, soit environ 9 000 mètres carrés. Xavier Romatet évoque de nouveaux programmes qui demanderont plus d'espace, et une réflexion sur la manière de l'accueillir.
Il y a deux ans, de grands acteurs du luxe ont signalé à l'école que les compétences en développement produit et en fabrication devenaient difficiles à trouver. D'où une spécialisation lancée en septembre 2025 au sein du mastère spécialisé en gestion de la mode.
Notre regard
Le discours des deux dirigeants est celui de l'école elle-même, appuyé sur ses chiffres d'insertion : rien dans l'entretien ne permet de le comparer à d'autres écoles. Le point à suivre est l'espace. L'IFM dit chercher comment loger sa croissance, et la réponse décidera des programmes qu'elle pourra ouvrir.
Source : WWD