Le Louvre-Lens vient d'ouvrir « Trop mignon ! L'art du bonheur ». L'exposition a été préparée avec l'avis de lycéens, d'étudiants, de personnes âgées, d'acteurs associatifs et de visiteurs réguliers. Le musée associe ainsi des publics à sa programmation depuis ses origines.
La démarche date de la genèse de l'établissement. Avant son ouverture, en 2012, il avait sollicité les habitants du bassin minier. Des supporters de football lensois ont apporté des témoignages et prêté des objets pour l'exposition « RC Louvre. Mémoires Sang et Or ». En 2018, la réécriture du projet scientifique et culturel a mobilisé plusieurs centaines d'agents ; près de deux cents voisins et visiteurs ont, eux, rédigé les cartels illustrés de la Galerie du temps, inaugurée en 2024.
Des « groupes test » pendant un an
Ces « groupes test » existent depuis 2017. Pour « Trop mignon ! », une première phase, dite « expectative », a commencé en juin 2025. Elle a réuni des élèves du lycée Auguste Béhal de Lens, dix personnes de plus de soixante ans et douze acteurs du territoire, comme des centres socio-culturels et des associations. « C'est important pour nous d'interroger des éducateurs et des programmateurs qui vont devenir nos relais dans la région », explique Gunilla Lapointe, chargée des médiations.
Une séance a rassemblé vingt étudiants de Sciences Po Lille. Aux mots évoqués par « mignon », sept ont répondu « enfance », quatre « réconfort » et deux « douillet ». Le titre a lui aussi été discuté : un « s » à l'adjectif, des parenthèses autour de « trop », un point d'interrogation. Pour l'un des participants, ce dernier « spoilerait l'intention même de remettre en question, dans l'expo, la connotation a priori positive du terme "mignon" ».
La seconde phase, entre le printemps et l'été 2026, a surtout consisté en relectures, avec de nouveaux profils : sept patients et deux infirmières du CATTP d'Hénin-Carvin, six habitants des quartiers prioritaires de Rouvroy et dix élèves d'une autre classe du lycée Béhal. Gunilla Lapointe précise qu'il s'agit de solliciter des personnes sans information préalable, pour vérifier que les conseils appliqués portent leurs fruits.
Ce que les avis ont changé
Hormis les lycéens, tous les testeurs de la première phase avaient en tête l'expression « mignon du roi », parfois assimilée à une insulte homophobe. Le commissariat a cherché un moyen d'y faire allusion, au moins dans les textes de salle. Les plus jeunes ont signalé que « mignonne », dit d'une jeune fille par un homme plus âgé, peut prendre une connotation perverse absente au masculin. Cette nuance pourrait trouver place dans la section « Les mots du mignon ».
Pour la directrice, Anabelle Ténèze, il ne s'agit pas d'« un simple jeu de correction, mais bien [d']un dialogue qui conforte les intuitions des commissaires ». Les retours ont élargi la typologie d'animaux prévue au départ. Parmi les exemples, des hippopotames bleus en céramique fabriqués dans l'Antiquité, que les Égyptiens associaient au danger.
Toutes les demandes ne peuvent pas être satisfaites. Beaucoup de testeurs ont pensé au film Les Minions (2015), mais en diffuser des extraits suppose d'obtenir des autorisations. Les séances se déroulent dans le salon des mécènes, aux murs entièrement vitrés, sous les yeux des visiteurs. Le bâtiment a été conçu par le cabinet d'architecture japonais SANAA.
Source : Connaissance des Arts