Presque vingt ans en réserve : « Schwarze Flocken » (« Flocons noirs », 2007), toile d'Anselm Kiefer haute de 11,2 mètres et large de 7,1, est enfin visible du public. Elle occupe un pavillon bâti pour elle dans le jardin de sculptures du Museum Würth 2, à Künzelsau, au nord-est de Stuttgart. Le bâtiment a ouvert le 13 octobre.
L'industriel et collectionneur allemand Reinhold Würth avait acheté l'œuvre en 2008, directement à l'atelier de l'artiste. Aucun espace de la collection Würth n'étant assez grand, le groupe Würth a chargé en 2025 l'architecte britannique David Chipperfield de concevoir un pavillon, en étroite collaboration avec Kiefer.
Une pièce pensée par l'artiste
C'est Kiefer lui-même qui a proposé un pavillon indépendant. Il a fixé les proportions de la salle, la taille et la place de la porte, ainsi que la couleur des murs. L'agence berlinoise de Chipperfield en a tiré un bâtiment en béton de 140 m². Un portique abrité marque l'entrée depuis le paysage, et des verrières laissent entrer la lumière naturelle.
Bernhard Danigel, responsable de la conception et associé chez David Chipperfield Architects Berlin, explique : « L'architecture devait laisser à l'œuvre la place d'exister sans concurrencer sa présence. » Son équipe voulait un espace tourné entièrement vers une seule œuvre, avec un caractère sculptural discret.
Maria Würth, petite-fille de Reinhold et vice-présidente exécutive du groupe pour les arts et la culture, a confié à The Art Newspaper : « Le résultat est une solution merveilleuse : l'œuvre a désormais un lieu adapté et permanent. » Selon elle, « le pavillon crée une atmosphère qui ralentit l'acte de regarder et concentre l'attention entièrement sur l'œuvre ». Elle voit en Chipperfield, Kiefer et Paul Celan, à qui le tableau est dédié, trois maîtres qui se rencontrent d'égal à égal.
La toile, faite d'huile, d'émulsion, de gomme-laque, de terre et de branches sur toile, tire son titre d'un poème de Paul Celan, poète juif roumain dont les parents sont morts dans les camps nazis. Kiefer puise souvent dans sa poésie pour des œuvres sur l'histoire et la mémoire allemandes.
Le pavillon a ouvert en même temps que la Kunsthalle Würth de Schwäbisch Hall, à une vingtaine de kilomètres, rouverte après trois ans de travaux qui ajoutent 600 m² de salles d'exposition. Pour ses 25 ans, elle présente « Anselm Kiefer — Alles, was der Fall ist » jusqu'au 3 octobre 2027 : plus de 70 œuvres de la collection Würth et 21 prêts de l'atelier de l'artiste.
Source : The Art Newspaper