Channel 4 arrête « Married at First Sight UK »

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Les garde-fous proposés pour protéger les candidats auraient changé la nature même de « Married at First Sight UK ». Channel 4 a préféré arrêter l'émission, après la publication jeudi de deux rapports sur le bien-être des participants.

Une émission que la chaîne juge arrivée au bout

Priya Dogra, directrice générale de Channel 4, s'est dite « très désolée » de la détresse des femmes qui ont témoigné. Appliquer toutes les recommandations des rapports, explique-t-elle, soulevait des questions de fond sur la proposition éditoriale d'un programme qui, à ses yeux, a fait son temps en dix ans. Le budget de l'émission sera réinvesti dans de nouveaux programmes.

Elle précise aussi que l'examen n'avait pas l'autorité pour trancher les accusations très graves de trois femmes.

Le principe du format est simple : des célibataires acceptent d'épouser des inconnus qu'ils voient pour la première fois lors d'un faux mariage, sans valeur légale. Les téléspectateurs suivent ensuite la lune de miel, puis la vie commune, filmée presque chaque jour. La version britannique comptait dix saisons et attirait souvent plus de trois millions de personnes.

Intimité et pression : le constat de Lorraine Heggessey

Le premier volet de l'examen porte sur les protocoles de bien-être. Il est dirigé par Lorraine Heggessey, ancienne directrice de BBC One. Elle juge ces protocoles très rigoureux et de bon niveau. Mais, écrit-elle, l'intimité est au cœur du format, et certains éléments de l'émission pourraient pousser implicitement les participants à être intimes.

Ses propositions : des caméras de surveillance dans toutes les zones des appartements, suivies en permanence par une équipe de bien-être, des boutons d'alerte et des mots de sécurité. Avec ces renforts et quelques ajustements du format, il aurait été raisonnable de produire de nouvelles saisons.

Interrogée sur Radio 4, elle a ajouté que ces changements auraient transformé le format et la nature de l'émission, tout en offrant la protection recherchée par Channel 4 et CPL. Elle dit aussi comprendre parfaitement que Priya Dogra ne veuille pas poursuivre.

Les avocats : des protocoles conformes, quelques écarts

Le second volet, confié au cabinet d'avocats Clyde & Co, regarde comment Channel 4 a traité les alertes. Il conclut que les protocoles de la chaîne et de CPL respectaient le code de diffusion de l'Ofcom, sans relever de violation dans le traitement des problèmes signalés.

Il note toutefois « un petit nombre de cas » où les protocoles n'ont pas été pleinement appliqués. Dans l'un d'eux, des participants avaient enfreint les règles sur les substances interdites. Ils ont reçu un premier et dernier avertissement plutôt qu'une exclusion.

Les accusations à l'origine de la crise

En mai, l'émission Panorama de la BBC a rapporté les accusations de trois participantes de la version britannique. L'une dit que son mari à l'écran l'a violée et menacée d'une attaque à l'acide. Une deuxième affirme avoir parlé d'un viol présumé à Channel 4 et à CPL avant la diffusion, et ses épisodes ont pourtant été diffusés. La troisième, Shona Manderson, seule à avoir été identifiée, accuse son mari à l'écran d'une inconduite sexuelle. Les hommes concernés nient tout.

Les trois femmes reprochent à l'émission de ne pas les avoir assez protégées. CPL, la société de production indépendante de la version britannique, répond que son dispositif de bien-être est de référence et qu'elle a agi de manière appropriée dans chaque cas. Channel 4 avait d'abord qualifié les accusations de totalement non corroborées. Priya Dogra n'avait pas présenté d'excuses tout de suite, seulement exprimé sa sympathie. Moins de 48 heures plus tard, elle a changé de position.

Les conséquences déjà visibles

L'impact de Panorama a été rapide. Tous les épisodes ont été retirés de la plateforme de streaming de la chaîne, un important sponsor s'est désengagé et la nouvelle saison, qui commence d'ordinaire en septembre, a été suspendue. En juin, un candidat a été arrêté pour soupçon de viol.

Caroline Dinenage, qui préside la commission de la culture et des médias de la Chambre des communes, juge la décision logique au vu des conclusions et de la gravité des accusations. Les candidats de télé-réalité ont souvent été traités comme une marchandise, dit-elle, et tous ceux qui produisent ou régulent ce genre d'émission doivent désormais en tirer les leçons.

L'Ofcom a ouvert une enquête. Le régulateur dit examiner attentivement les rapports publiés jeudi, alors qu'il renforce ses consignes aux diffuseurs.

Source : BBC News

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