On croyait que le réchauffement ferait gagner en diversité les mers des latitudes moyennes comme celles du Royaume-Uni. Une étude de quatre ans montre un tableau plus nuancé : certains groupes y gagnent des espèces, d'autres en perdent.
Plus de poissons, moins de plancton
Les chercheurs ont projeté l'effet du dérèglement climatique sur quatre grands groupes du vivant marin, importants pour l'équilibre des écosystèmes du nord-est de l'Atlantique. Leur scénario suppose 3 °C de réchauffement d'ici 2100.
D'ici 2050, la diversité des poissons et des invertébrés des fonds marins pourrait augmenter d'environ 12 %. Celle du phytoplancton et du zooplancton pourrait baisser d'environ 3 % et 7 %.
Le risque d'une chaîne alimentaire déréglée
Lily Greig, écologue marine au Cefas, un organisme public britannique, résume le danger : si la diversité des prédateurs augmente tandis que celle des proies baisse, la chaîne alimentaire peut se dérégler. Les gains de certains groupes ne rendent pas forcément l'écosystème plus résistant.
Les auteurs écrivent que ce déséquilibre pourrait remodeler les écosystèmes marins de façon imprévue. Ils lient aussi le sujet à la sécurité alimentaire d'ici 2050.
Une surprise pour les chercheurs
Elena Couce, écologue au Cefas et coautrice principale, dit que l'équipe a été surprise : le réchauffement n'augmente ni ne réduit la biodiversité partout. Elle rappelle l’attente de départ. Quand tout se réchauffe, les espèces de l'équateur remontent vers les pôles. Les eaux britanniques, en latitude moyenne, devaient donc gagner en diversité.
Une recherche antérieure du Cefas sur les poissons annonçait déjà des gagnants, comme l'anchois, le bar et la sardine, et des perdants, comme la morue, l'églefin et le lieu noir.
Des eaux parmi les plus chaudes
Les mers autour des îles Britanniques, surtout le sud de la mer du Nord, figurent parmi les vingt « points chauds climatiques marins » de la planète. Ce sont celles qui se sont le plus réchauffées en cinquante ans.
L'étude, publiée dans Science Advances, est dirigée par le Cefas avec l'université d'East Anglia, la Marine Biological Association, l'université arctique de Norvège, l'Institut royal néerlandais de recherche marine et l'Université technique du Danemark. Elle s'appuie sur plusieurs jeux de données de long terme et sur l'apprentissage automatique.
Les chercheurs y voient un possible système d'alerte précoce. Leurs résultats ont déjà été transmis à la révision gouvernementale des aires marines protégées, qui examine des mesures de gestion de la pêche.
Notre regard
Le message adressé aux décideurs est que la biodiversité évolue déjà et que les plans de gestion doivent en tenir compte. Les chiffres reposent sur un scénario à 3 °C. Une trajectoire différente donnerait d'autres projections.
Il faudra voir comment la révision des aires marines protégées intégrera ces résultats, et si elle les traduira en règles de pêche concrètes.
Source : The Guardian