Coperni, marque de mode parisienne, a cessé ses activités. Elle l'a annoncé le 4 novembre, après des mois de conflit avec Tomorrow, qui était à la fois son distributeur et son actionnaire.
Un intermédiaire qui encaissait tout
Tomorrow détenait les licences de toutes les marques de son portefeuille et les distribuait. Elle percevait la totalité de l'argent des ventes, puis reversait à chaque marque des redevances fixées contrat par contrat.
Elle remboursait aussi les frais hors création, par exemple l'organisation d'un défilé ou d'une campagne publicitaire. Selon Coperni, Tomorrow ne lui reversait plus sa part des recettes ni les remboursements dus, alors que la vente en gros de Tomorrow s'essoufflait dans un secteur en difficulté.
Des comptes en nette dégradation
Voici les résultats de Tomorrow pour l'exercice 2024. Le chiffre d'affaires de Tomorrow a chuté de 34 %, à 8,4 millions de livres sterling. Sa marge brute, de 76 % en 2023, est tombée à 41 %. Ses pertes d'exploitation ont gonflé de 28 %, à 7,5 millions de livres.
Les comptes de 2025 n'avaient pas été déposés au registre des sociétés au moment de la vente de l'entreprise.
Les premiers signes visibles sont venus de Paris. Coperni a annulé brusquement son défilé automne-hiver 2026 pendant la Fashion Week. En mars, Martine Rose, autre marque du portefeuille de Tomorrow, a publié un communiqué : elle ne pouvait pas produire sa prochaine collection, pour des raisons indépendantes de sa volonté.
Une vente qui complique tout
En mars, Tomorrow Ltd a été cédée à Progetto 11. Cette holding contrôle la plateforme italienne de commerce en ligne The Level Group, qui a travaillé avec Palm Angels, Herno et Off-White. Stefano Martinetto, fondateur et ancien PDG de Tomorrow, a démissionné une fois la cession finalisée.
En juin, Progetto 11 a décrit la structure de Coperni : deux entités, Coperni UK Limited, la holding qui détient la licence signée avec Tomorrow, et Coperni SAS, société d'exploitation française qui emploie les équipes.
Progetto 11 avait aussi livré sa lecture à l'époque. Elle disait avoir trouvé, fin mars, une entreprise sans financement, déjà au cœur d'un conflit de propriété et de gouvernance, dont les fondateurs voulaient reprendre le contrôle. Ce manque d'argent aurait entraîné l'annulation du dernier défilé. Les fondateurs, eux, tentaient de racheter leur marque.
Du tribunal de commerce au message d'adieu
En juin, Coperni avait obtenu la protection du tribunal de Paris, présentée comme l'équivalent français du « Chapter 11 », pour poursuivre son activité. Arnaud Vaillant, cofondateur, avait parlé de plusieurs mois de paiements en retard de la part de Tomorrow. La marque ajoutait que Tomorrow avait résilié le contrat de licence en cours.
Dans une note personnelle, Arnaud Vaillant et Sébastien Meyer, cofondateurs et directeurs artistiques, reconnaissent n'avoir pas réussi à régler un différend persistant sur des sommes impayées. « Ces huit années ont été extraordinaires », écrivent-ils. Ils remercient la Fédération de la Haute Couture et de la Mode, les boutiques, la presse et les mannequins.
Ils disent aussi envisager l'avenir avec optimisme et de nombreuses idées.
Notre regard
Le cas peut illustrer le risque d'un modèle où un seul acteur encaisse toutes les recettes d'une marque avant de les redistribuer. Quand ce maillon faiblit, la marque dépend de lui pour tout.
Plusieurs points restent flous : le sort des équipes de Coperni SAS, celui de la marque elle-même et la suite pour les autres marques de Tomorrow.
Source : Vogue France