La scénographe britannique Pamela Howard est morte à 87 ans. Elle venait de rentrer de Roumanie, où elle avait reçu un doctorat honoris causa.
Une carrière jusqu'au dernier jour
Elle vivait depuis 2003 à Selsey, dans le Sussex de l'Ouest, et n'avait jamais cessé de travailler. Elle avait été nommée OBE en 2008. Elle laisse deux filles, Rebecca et Sophie, et trois petits-enfants.
Elle exerçait à la fois comme scénographe, enseignante, productrice et commissaire d'exposition. À ses yeux, une œuvre restait inachevée sans une exposition qui l'accompagne. Son travail se prolongeait dans ses dessins, ses poèmes et son goût pour les autres cultures. L'hommage du quotidien rattache cet internationalisme à un sentiment d'altérité lié à ses origines juives.
De l'école d'art à la salle de classe
Née à Newcastle, elle a grandi à Birmingham. Un dessin d'hôtel fait pendant un examen de mathématiques lui a valu son renvoi du lycée. Elle a pourtant décroché une bourse pour l'école d'art de la ville, puis, en 1958, une place au cours de scénographie de la Slade, à Londres.
À la Central School of Art and Design, elle a enseigné de 1974 à 1986. Elle y a ensuite dirigé le cursus de décor, de 1987 à 1991. Sa devise : « J'enseigne ce que je pratique, et je pratique ce que j'enseigne. »
Elle a présidé pendant des années la chaire internationale d'art dramatique du Royal Welsh College of Music and Drama. Elle a aussi compté parmi les figures de la Quadriennale de Prague, vitrine de la scénographie mondiale depuis 1967. Côté livres, elle a signé « What Is Scenography » (2001), puis « The Art of Making Theatre » (2022) avec Pavel Drábek.
Sur les scènes britanniques
Elle a travaillé pour la Royal Shakespeare Company (RSC) et le National Theatre. Dès 1974, elle collaborait au Birmingham Rep à la version de la Révolution française de Roger Planchon. À Chichester, en 1984, elle a conçu « Le Marchand de Venise », avec Alec Guinness en Shylock devant de grands murs écaillés de ghetto.
En 1986, pour la RSC, Di Trevis a monté « La Mégère apprivoisée » en tournée. Howard y a mêlé un carnaval de couleurs et des costumes napoléoniens sous un long baldaquin blanc.
L'année suivante, au National, elle a dessiné pour « L'École des femmes » une surface vallonnée devant un fond étoilé. Michael Billington estimait qu'elle résolvait ainsi un gros problème posé par la scène plate du Lyttelton. Toujours avec Trevis, « Yerma » de Lorca a occupé le Cottesloe, aujourd'hui Dorfman, tendu de draperies de lin.
Une artiste ouverte sur l'Europe
Elle a aussi travaillé en France avec Roger Planchon à Lyon et avec Ariane Mnouchkine à Paris. À l'étranger, elle a signé l'opéra populaire vénézuélien « Rondo Adafina » (2002) et « La Passion grecque » de Martinů à Thessalonique (2005). En 2010, elle a conçu à Brno la création mondiale de la première version des « Excursions de M. Brouček sur la Lune » de Janáček.
Avec le dramaturge écossais John McGrath, elle a imaginé « Border Warfare » (1988) à Glasgow. Le public circulait entre quatre scènes mobiles, où 12 acteurs et cinq musiciens jouaient 600 rôles.
Ses références venaient d'Adolphe Appia et d'Edward Gordon Craig. Caspar Neher, le décorateur de Brecht, l'a aussi marquée : il plaçait l'acteur dans un univers très éclairé, sans mobilier décoratif. Peter Hall, fondateur de la RSC, décrivait la scène britannique des années 1980 comme un lieu qui « explorait un monde nouveau d'espace et de légèreté, de suggestion plutôt que de réalité, d'éclectisme plutôt que d'exactitude d'époque ». Pamela Howard a pris part à ce bouleversement.
Notre regard
Une carrière menée entre plateau, salle de cours et livres laisse des traces à plusieurs endroits à la fois. Ses élèves de la Central School et ses deux ouvrages aident à comprendre sa place dans la scénographie britannique. Reste à voir si des expositions ou des reprises de ses travaux seront organisées pour rendre cet héritage visible hors des théâtres.
Source : The Guardian