Le monde de la musique de danse perd l'un de ses fondateurs : Juan Atkins, pionnier de la techno de Détroit, est mort à 64 ans. Il laisse derrière lui deux projets majeurs, Cybotron et Model 500.
Retrouvé sans réaction avant un concert
La nouvelle vient de son agence, Greensmith Artists, qui l'a confirmée au site Resident Advisor. Atkins se trouvait à Mexico pour se produire. On l'a découvert sans réaction dans sa chambre d'hôtel, avant le concert. Il a été déclaré mort après son transfert à l'hôpital.
Les circonstances précises du décès ne figurent pas dans les informations publiées.
Une influence bien au-delà de la techno
Des dizaines d'artistes ont samplé le seul titre « Clear ». Missy Elliott en a fait l'ossature de « Lose Control », numéro 3 du classement américain Billboard en 2005.
Kevin Saunderson, son camarade de collège, a salué dimanche « un véritable visionnaire qui nous a ouvert la porte à tous, moi y compris ».
Atkins a aussi été le premier à employer le mot « techno » pour ce style électronique dur. Le terme a précédé la naissance d'un genre entier, aujourd'hui l'un des piliers de la culture dance.
Un retour tardif et des collaborations
En 2023, il avait reformé Cybotron, sorti de nouveaux morceaux et repris la scène.
Les années 2000 furent plus maigres en sorties. Il s'associe alors à Moritz Von Oswald, autre figure de la techno, au sein de Borderland : deux albums en résultent, en 2013 et en 2016.
Dans les années 1990, la scène qu'il avait inspirée s'épanouit. Lui continue d'affiner sa sonorité avec Infiniti, un projet plus rapide.
Des débuts à Belleville
Atkins naît à Détroit en 1962. Sa famille s'installe ensuite à Belleville, banlieue rurale du Michigan. Au collège, il y rencontre Derrick May et Kevin Saunderson. Ensemble, ils forment les Belleville Three, trois musiciens de même sensibilité, à l'avant-garde de l'électronique.
Au lycée, il profite de machines devenues plus abordables : la boîte à rythmes Roland TR-808, qui joue des percussions programmées, et le synthétiseur Korg MS-10. Avec Richard Davis, il fonde Cybotron. En 2014, il expliquait au Guardian : « J'avais un cours intitulé études du futur, sur la transition d'une société industrielle vers une société technologique. »
Le duo, qui puise autant chez Kraftwerk que chez Jimi Hendrix, enchaîne les titres psychédéliques comme « Cosmic Cars » et « Clear », devenus des classiques des pistes de danse. La séparation survient en 1985 : Davis préfère le rock.
Atkins poursuit seul sous le nom de Model 500 et signe « No UFO's » et « The Chase ». La même année, il lance son label Metroplex, qui a aussi publié Anthony Shakir et DJ Bone. Sa musique mêlait visions techno-utopiques et visions plus troublantes, politisées.
Notre regard
Qu'un seul titre, « Clear », serve encore de matière première à des artistes éloignés de la techno dit comment son travail a circulé. On ignore ce que deviendra le label Metroplex : seule une annonce de ses proches ou de son agence apportera une réponse.
Source : the Guardian