Delton Barrett raconte « Stop the Madness », un autoportrait au cône

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Un homme au visage caché par un cône de signalisation, d'où s'échappe de la fumée : c'est « Stop the Madness », l'autoportrait que le photographe bahaméen Delton Barrett vient de raconter dans la rubrique « best photograph » du Guardian.

Une journée d'essais sur une route sans issue

Barrett s'était réveillé avec l'envie de tenter quelque chose de nouveau. Il a emporté trois ou quatre tenues et quelques accessoires dans l'ouest de l'île, dont ce cône. Il garde souvent des objets trouvés au hasard et les glisse parfois dans ses images.

La route choisie mène à une impasse. Peu de voitures y passent, et il se sentait presque dans son jardin. Poser le cône sur sa tête était la dernière idée de la journée. Le résultat lui plaisait, même si, dit-il, c'était assez étouffant.

Il s'est alors souvenu d'un fumigène laissé dans la voiture, et il tenait justement dans la pointe du cône. « Quand j'y repense, c'est un miracle que j'aie survécu », dit-il. Il avait multiplié les essais et commençait à fatiguer. Puis l'image lui est apparue comme celle de quelqu'un qui perd la tête.

Un geste ambigu

La façon dont il serre le cône ne dit pas s'il cherche à l'enlever ou à le maintenir. Peut-être est-il prisonnier, peut-être s'y cache-t-il pour ne pas voir quelque chose. La fumée peut aussi être un signal, un appel à l'aide aux passants. Il a intitulé l'image « Stop the Madness ». Pour lui, nous croisons chaque jour des personnes qui montrent qu'elles sont en difficulté, et nous passons notre chemin ou nous aidons.

Le cliché n'a presque pas été retouché. Barrett a seulement cadré et réglé la lumière, avec peut-être un peu de contraste.

Du téléphone à clapet à l'appareil reflex

Barrett a grandi à New Providence, aux Bahamas, et vit toujours au sud de l'île. Après l'école, il a travaillé avec son père dans la construction. C'est sur les chantiers qu'il a commencé à photographier : d'abord avec un téléphone à clapet, des fleurs et des paysages, puis, en 2010, avec son premier reflex numérique, qu'il a appris seul à maîtriser.

Il a fait beaucoup de paysages, de préférence au lever ou au coucher du soleil, puis s'est intéressé aux personnes dans des lieux vides. Faute de modèle, il se place lui-même dans ces décors presque irréels, avec un trépied et un minuteur.

Certaines de ses images sont retouchées pour servir son idée. Il ne passe pas la journée à attendre qu'une mouette se pose au bon endroit. Une de ses préférées le montre debout sur la mer face à une autre version de lui-même, en costume différent : leurs doigts se frôlent, comme dans « La Création d'Adam » de Michel-Ange.

L'île nourrit son travail. Un voyage à Madrid en 2024, ville très développée par rapport aux Bahamas, lui a fait mesurer, au retour, la couleur et la verdure de chez lui. Les plages sont à cinq minutes de route. Ses images contiennent souvent une mer, un coucher de soleil ou un buisson.

Né en 1991 à Manchester, en Jamaïque, il cite comme point fort sa première exposition personnelle, en 2018, à la D'Aguilar Art Foundation de Nassau. Son conseil : créer ce qui fait ressentir quelque chose et prendre le temps de réfléchir à l'idée avant de l'exécuter.

Notre regard

Ce récit montre une pratique d'autoportrait qui repose sur un trépied, un minuteur et des objets de passage. Il invite à lire « Stop the Madness » comme une image ouverte, dont l'auteur propose plusieurs lectures.

Source : the Guardian

Publié grâce au concours de