Après ses installations, Guadalupe Rosales donne à ses archives la forme d'un livre. « East of the River: A Memoir of Los Angeles Girlhood », paru cet automne, mêle les images de ses abonnés à son propre récit.
Un livre bâti sur dix ans de courrier
L'ouvrage rassemble de nombreuses photos, des flyers, des coupures de presse et des témoignages que les abonnés de l'artiste lui envoient depuis plus de dix ans. Rosales y ajoute ses propres photographies et son expérience.
Elle y raconte son enfance dans l'Eastside de Los Angeles. Les fêtes entre amis lui offraient un répit face aux difficultés de la maison et de la ville : le soulèvement de 1992, l'hostilité croissante envers les immigrés et la violence des gangs.
Un deuil au cœur du récit
Cette violence a coûté la vie à son cousin Ever Sánchez, tué lors d'une fête en 1996. Elle écrit : « Il m'a fallu des années pour pardonner à ceux qui lui ont pris la vie. » Elle ajoute avoir fini par transformer le chagrin en autels, en mémoriaux et en récits.
De l'espace d'exposition à la page
Rosales a longtemps montré ces documents dans des environnements d'allure architecturale, qui vibrent de l'énergie des rassemblements nocturnes. Pour « In Minor Keys », l'exposition internationale de la 61e Biennale de Venise, elle a conçu des miroirs à l'infini bordés de néon. Ils contiennent des objets d'archive et sont suspendus à une structure en acier évoquant un bungalow du sud de la Californie.
Le livre propose un autre rapport à la même matière : plus intime, plus proche du récit personnel.
Les pages Instagram à l'origine du projet
Depuis 2015, l'artiste recueille les histoires de la jeunesse chicanx et latinx de la ville, en particulier celles des femmes et des filles. Deux pages Instagram très suivies, @veteranas_and_rucas et @map_pointz, en sont devenues une archive collective de la vie adolescente d'avant Internet, dans les années 1980 et 1990.
On y voit des coiffures volumineuses, des lèvres dessinées au crayon, des débardeurs ajustés et des jeans amples. On y trouve aussi des flyers de soirées aux titres comme « Bad Influence » ou « Titty Juice », qui promettent la liberté sur un ton irrévérencieux.
Notre regard
Le passage de la structure d'acier au papier déplace l'archive vers l'histoire personnelle de son autrice. Le texte ne précise pas combien d'images et de témoignages le livre réunit.
Source : Hyperallergic