Le musée des Arts décoratifs (MAD), à Paris, consacre sa première exposition personnelle à Rafael Pavarotti. Elle réunit plus de 200 tirages de ce photographe de mode brésilien, afro-autochtone, qui a photographié de nombreuses stars.
Une image qui a fait date
En février 2022, neuf mannequins noires posent pour la couverture du British Vogue, une première dans l'histoire du magazine. Parmi elles, Adut Akech, Anok Yai et Maty Fall, venues du Sénégal, d'Éthiopie ou du Soudan du Sud. L'image est de Pavarotti. Il la décrit comme « une ode au matriarcat ».
Le fond brun et le banc bleu y laissent une seule nuance dominer : celle de l'encre et de la nuit.
Le noir comme lieu positif
Certains lui ont reproché de rendre les peaux noires plus noires, jusqu'à les invisibiliser. Sébastien Quéquet, attaché de conservation chargé du fonds photographique du MAD et commissaire de l'exposition, défend le contraire : le travail de Pavarotti veut les sublimer. Pour lui, l'obscurité est chez le photographe « un lieu ancestral où les choses émergent et brillent ». Il rapproche cette pensée de celle du cinéaste Arthur Jafa et du philosophe Norman Ajari.
Du Pará à Paris
Pavarotti est né en 1993 à Belém, capitale de l'État du Pará, aux portes de l'Amazonie. À 12 ans, il prend l'appareil de son père, artisan maroquinier. En 2004, un défilé Dior de John Galliano sur l'Égypte des pharaons lui donne l'envie de travailler dans la mode.
À 16 ans, il part pour Rio, puis gagne São Paulo, Londres et Paris, où il vit aujourd'hui. Ses éditoriaux paraissent dans i-D, Double et W. En janvier 2021, Dior lui confie la campagne de sa collection homme, inspirée du cycle Black Diaspora du peintre ghanéen Amoako Boafo. Suivent Balmain, Ferragamo et H&M.
En juillet 2022, Beyoncé pose devant lui en amazone noire sur un cheval rouge pour une autre couverture du British Vogue. Rihanna, A$AP Rocky, Bad Bunny, Charli XCX, Harry Styles et Madonna figurent aussi parmi ses portraits.
Un style de sensations et de références
Selon Sébastien Quéquet, son style diffère de celui des « photographes racisés émergents », attachés au naturalisme. Il chercherait plutôt à évoquer l'humidité, la lumière, le climat et l'ambiance de l'Amazonie natale. Les images contiennent aussi des références cachées. Sur un portrait publié en mars 2024 dans British Vogue, la mannequin Anok Yai brandit ce qui ressemble à une épée. Le commissaire y voit une plante d'Afrique de l'Ouest, l'épée de Saint-Georges, associée dans les croyances brésiliennes à la protection contre le mauvais œil.
Le parcours s'achève sur Zaya Guarani, mannequin et activiste brésilienne, vêtue d'une jupe de paille qui évoque les ocas, huttes traditionnelles et collectives. Le photographe commente en légende : « Alors que l'Amazonie brûle, les peuples indigènes se dispersent à travers le monde, plantant dans les villes de béton les racines d'un nouvel habitat ».
Notre regard
Cette exposition pourrait nourrir le débat sur la place des photographes noirs dans une mode longtemps centrée sur l'Europe. Reste à voir comment le public parisien recevra un travail à la fois commercial et très référencé. Les lectures proposées par le commissaire resteront à confronter aux images elles-mêmes.
Source : Connaissance des Arts