L'Australie réfléchit à modifier son droit d'auteur pour permettre l'entraînement de modèles d'IA. Le monde de la musique s'inquiète, et les éditeurs rappellent que la décision pèsera bien au-delà du pays.
Le calendrier parlementaire
La pause d'été du Parlement commence fin novembre. John Phelan, directeur général de l'ICMP, y voit une étape importante, mais pas la fin du chemin. Selon lui, le calendrier devrait s'allonger.
Il dit que les détenteurs de droits australiens, réunis dans le groupe AMPAL, et plusieurs sénateurs se mobilisent. Les groupes technologiques, eux, font tout leur possible de leur côté.
Ce que l'ICMP dit avoir montré à Canberra
Lors d'une rencontre avec l'exécutif australien, la fédération dit avoir montré que les dix chansons préférées du Premier ministre avaient été utilisées illégalement. Même constat, selon elle, pour le travail des douze orchestres du pays.
Depuis plusieurs années, l'ICMP affirme réunir des preuves d'infractions massives. Elle cite Google, Microsoft, Meta, Amazon, Adobe, Anthropic, OpenAI, Suno, Udio et DeepSeek. Elle présente ces éléments en privé à des gouvernements, dont un grand nombre auraient renoncé à accorder un passe-droit à l'IA.
Phelan oppose à ces pratiques le cas d'ElevenLabs, qui demande l'autorisation avant d'entraîner ses modèles. Selon l'entretien, l'entreprise est valorisée à plus de 22 milliards de dollars.
Un refus de l'opt-out
La Confédération internationale des éditeurs de musique (ICMP), basée à Bruxelles, dit représenter 90 % de la musique éditée dans le commerce. Phelan parle d'« un vaste accaparement de terres ». Il estime que les entreprises d'IA doivent respecter les mêmes lois que celles qui acceptent de payer des licences.
Il rejette le système de retrait volontaire (opt-out), soit l'idée que les ayants droit doivent refuser eux-mêmes l'usage de leurs titres. À ses yeux, ce mécanisme ne peut pas fonctionner.
Les pressions sur le gouvernement fédéral
OpenAI, Anthropic et d'autres ont fait pression sur le gouvernement pour obtenir ces changements. En juillet, le Premier ministre Anthony Albanese avait assuré que les entreprises d'IA ne pourraient pas utiliser des œuvres protégées sans consentement, mention de l'auteur et rémunération.
Le 13 octobre, les coprésidents de la commission parlementaire mixte sur l'IA, Jo Briskey et Jono Duniam, ont estimé que la loi actuelle ne suffisait pas. Sans nouvelles règles, selon eux, les créateurs passeraient à côté de l'ère de l'IA.
La patronne de l'ARIA, Annabelle Herd, a jugé cette déclaration « fausse » et a affirmé qu'elle ignorait les preuves fournies à la commission. Pour elle, la loi australienne donne aux créateurs le contrôle de leurs œuvres.
Notre regard
Ce qui se joue en Australie dépasse ses frontières : un pays qui autoriserait l'entraînement sans accord préalable fournirait un exemple à d'autres. L'ICMP, elle, plaide pour l'application des lois existantes.
La place de l'accord préalable des ayants droit reste à trancher. Les chiffres avancés par l'ICMP viennent de la fédération elle-même, et l'entretien ne dit pas comment ils ont été établis.
Source : Billboard