Nahid Kazemi raconte la censure à Téhéran dans sa première BD

L'illustratrice iranienne Nahid Kazemi, installée au Canada, publie sa première bande dessinée autobiographique, « Un morceau de paradis au milieu de l'enfer ». L'album est disponible en librairie depuis le vendredi 16 octobre.

Il paraît aux éditions Çà et Là, dans une traduction de l'anglais signée Gabriel S. Colsim. Il compte 176 pages et coûte 20 euros.

Une croix rouge sur les manuscrits

Le récit s'ouvre en 2006. Le jour où Nahid prend ses fonctions dans une maison d'édition de Téhéran, elle découvre une croix rouge sur une pile de manuscrits, accompagnée de motifs de refus parfois ubuesques. Directrice artistique, elle doit annoncer aux artistes que leur livre ne paraîtra pas. Ou bien trouver un moyen de contourner la censure, quitte à dénaturer leur œuvre. « En Iran, un livre ne survit qu'après avoir perdu une partie de lui-même », explique-t-elle.

Un collègue lui propose d'éditer en farsi un ouvrage de référence sur l'art persan. Elle accepte et y trouve même un refuge. Préserver la richesse de ce patrimoine devient pour elle une manière de résister à l'appauvrissement culturel que cherche à imposer un pouvoir totalitaire.

L'élection d'Ahmadinejad, en 2005, change la donne. La maison d'édition prend un virage encore plus conservateur. Elle est dirigée par des personnes qui doivent leur poste au népotisme. Nahid déchante et songe à partir.

Une confidence faite dans un train

Nahid Kazemi livre ce récit des années plus tard, dans un train au Canada, son pays d'adoption. Une conversation sur les tapis persans, avec un passager féru d'art iranien rencontré par hasard, l'amène peu à peu à parler de son passé en Iran. « Nous avons le temps. Trois heures jusqu'à Casselman. Je vous écoute », lui dit-il. Le récit remonte ainsi jusqu'à son enfance à Shiraz, avec une mère qui tisse et un père calligraphe.

L'album montre la censure dans ses gestes les plus ordinaires : une croix rouge sur un document, une œuvre amputée de ce qui faisait sa singularité, des conversations anodines entre collègues.

Nahid Kazemi est illustratrice depuis vingt ans. Elle est l'autrice de plus de soixante-dix livres et a reçu en 2022, au Canada, le prix littéraire du Gouverneur général. C'est sa première BD.

Le trait est vaporeux, presque au fusain, et les planches restent dans un camaïeu de gris. Des touches de couleur y surgissent, vert d'eau et orange : c'est l'art qui entre dans la vie de l'autrice. Le rouge, lui, est celui de la censure. Ces couleurs rappellent son travail d'illustration pour la jeunesse. Les tapis persans, avec leurs motifs foisonnants, contrastent avec les tonalités plus sourdes des scènes de la vie quotidienne.

Source : franceinfo

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