Une question de placement des contrebasses a suffi à faire sauter une série de concerts à Berlin. Iván Fischer s'est retiré de la Cinquième Symphonie de Mahler avec la Philharmonie, et Andrés Orozco-Estrada reprend la baguette.
Un chef qui ne cède pas
Fischer a refusé tout compromis. Il s'est excusé et a expliqué sa position sur Instagram : la disposition compte beaucoup pour le son et pour l'unité de l'œuvre, dit-il. Pour la suite, il annonce qu'il se concentrera sur d'autres orchestres, et eux sur d'autres chefs : « C'est mieux ainsi ».
Le chroniqueur du Guardian juge qu'une reprise de la collaboration paraît peu probable.
Ce que voulait Fischer
D'ordinaire, les contrebasses se tiennent à la droite du chef, adossées à l'un des murs en angle de la salle. Fischer voulait les aligner au fond, derrière les bois, en invoquant l'exemple de Mahler, son oreille et son expérience.
Dans ce schéma, les contrebassistes ne se voient pas entre eux. Seul le public des gradins de chœur, derrière eux, leur sert de réflecteur acoustique.
L'orchestre avait déjà joué ainsi en 2022, dans la Première Symphonie de Mahler. Les musiciens n'étaient pas, semble-t-il, tout à fait convaincus. Ils n'étaient pas prêts à changer leur installation à si court terme.
Une querelle moins simple qu'elle n'en a l'air
On pourrait y lire l'obstination d'un orchestre face à l'audace d'un chef. Le Guardian nuance. Les Berliner Philharmoniker ont l'habitude de modifier leur formation quand on le leur demande, en déplaçant leurs sections de cordes ou en se fractionnant en groupes pour les mises en espace de la Passion selon saint Matthieu de Bach par Peter Sellars avec Simon Rattle.
Fischer, lui, dirige son propre orchestre, le Budapest Festival Orchestra, où il teste de nouvelles configurations, souvent avec des résultats saisissants. Exemple cité : une Neuvième de Bruckner où tous les cors, devant le chef, forment une immense section soliste.
Contre les chefs de pupitre
Fischer s'est confié au magazine Van. La tradition qui fait diriger leur section par les premiers pupitres, en sous-chefs, est selon lui une conception « démodée, méfiante et lourde ». Il dit qu'un chef ne peut pas transmettre les subtilités par ce biais. Avec son orchestre, un doigt levé change le son aussitôt, car il est en contact direct avec tous les musiciens.
Il ajoute que la battue n'est pas mécanique mais créatrice, un encouragement à la musicalité de chacun. Le chroniqueur y voit toutefois un chef qui rétablit une autorité moins collaborative depuis le pupitre.
La Première de Brahms fête ses 150 ans
La Première Symphonie de Brahms a été créée le 4 novembre 1876 à Karlsruhe, il y a 150 ans. Brahms l'avait esquissée au milieu des années 1850 et avait 43 ans à la création. L'auteur de l'article attribue ces 21 ans surtout à l'ombre de Beethoven.
Notre regard
L'affaire montre qu'un orchestre de cette stature peut refuser, à court terme, une implantation inhabituelle. La réponse dépend de ce que chaque camp tient pour négociable, et d'un éventuel retour de Fischer à Berlin, dont rien ne dit qu'il soit prévu.
Source : the Guardian