Le prix Médicis 2026 revient à Philippe Vasset pour « Dans les grandes lignes », paru chez Flammarion. Le roman raconte une marche à travers la France sous le tracé des lignes à haute tension ; le résultat a été proclamé lundi 2 novembre dans un restaurant parisien.
Deux années sous les câbles
L'idée tient en une phrase : suivre à pied les lignes à haute tension, en partant de la région parisienne. Selon son éditeur, l'auteur a cheminé de longs mois sous les câbles qui traversent la géographie du pays. Le périple a couvert des centaines de kilomètres et lui a pris deux ans.
Dans le livre, Vasset note qu'on observe rarement ces grands pylônes de près. Ils se dressent le plus souvent à distance, au milieu des champs que traversent des routes.
Le projet n'avait rien d'évident. Quand l'écrivain l'a présenté, son éditeur s'est montré dubitatif. Il se dit d'autant plus heureux d'être récompensé pour un livre qu'il juge lui-même improbable.
Ce que le jury a retenu
La romancière Pascale Roze préside le jury et a annoncé les résultats. Elle décrit un auteur qui se tient dans les chemins écartés, cette fois de pylône en pylône. Pour elle, c'est « un livre fascinant, concret, géographique, scientifique, drôle et poétique ».
Dix jurés votent à bulletin secret, chacun pour son candidat, jusqu'à ce que l'un des livres obtienne la majorité. Ils avaient retenu sept ouvrages écrits en français, neuf étrangers et douze essais.
Un roman a quitté la liste en cours de route. « C'était ça ou mourir », du Canado-Haïtien Thélyson Orélien (Grasset), a été écarté sur des soupçons de recours à l'intelligence artificielle. Son éditeur canadien les a depuis confirmés.
Un auteur des cartes et du luxe
Vasset publie depuis le début des années 2000. Parmi ses sujets figurent les zones blanches des cartes de l'IGN. Il est aussi journaliste chez Indigo Publications, groupe consacré à la géopolitique et au renseignement. Il y tient une lettre sur le luxe.
C'est le premier grand prix de sa carrière. Il succède à Emmanuel Carrère, couronné en 2025 pour « Kolkhoze » (P.O.L).
Les autres lauréats
En littérature étrangère, le Médicis va à l'Espagnole Eva Baltasar pour « Déclin et fascination » (Verdier). En essai, il revient à Jean-Baptiste Del Amo pour « Une éclaircie » (Stock). Un prix spécial récompense « Pessoa, l'œuvre pie » (Seuil), biographie de 1 200 pages de l'écrivain portugais, signée Richard Zenith.
L'annonce ouvre une semaine chargée en distinctions. Le Renaudot et le Goncourt sont attendus mardi, le Femina mercredi.
Notre regard
Le livre est présenté comme un roman, alors que l'éditeur et l'auteur décrivent un parcours réellement effectué. Le jury semble ainsi avoir couronné un texte à la lisière du récit de terrain et de la fiction.
Source : franceinfo