Au Hirshhorn, Sugimoto repense entièrement le jardin de sculptures

Le jardin de sculptures du Hirshhorn Museum, à Washington, a été entièrement repensé par Hiroshi Sugimoto. Le nombre d'œuvres qu'il abrite passe de 35 à 60.

Un jardin en creux qui s'ouvre sur le Mall

En 2018, l'architecte et photographe japonais avait été choisi pour rafraîchir le hall du musée brutaliste de Gordon Bunshaft. Le bâtiment compte parmi les onze institutions du Smithsonian qui bordent le National Mall. Huit ans plus tard, Sugimoto revient avec une intervention plus ample, sur le jardin cette fois.

Le projet poursuivait trois buts : rendre l'espace plus visible, l'ombrager mieux et montrer davantage d'art. Il a été dessiné par l'agence de Sugimoto, New Material Research Laboratory, avec YUN Architecture, à New York. Pour Aaron Seeto, directeur par intérim du musée, c'est une refonte complète, et pas une simple rénovation d'un plan existant.

Le jardin de 1,3 acre est enfoncé jusqu'à 14 pieds, soit environ 4,3 mètres, sous la surface du Mall. Pendant des décennies, il n'a eu que deux entrées. Une troisième, un passage d'origine sous Jefferson Drive, était fermée depuis 1981. Sugimoto l'a rouverte et a élargi l'accès nord. Selon Seeto, la porte d'entrée du musée devient ainsi le Mall lui-même.

Du vide zen à la forêt

Sugimoto agit en gros dans le sens des souhaits initiaux de Bunshaft, qui voulait un bassin plus grand. Il installe deux bassins au centre et une plateforme pour des performances, inspirée du théâtre nô de Tokyo. Bunshaft s'était lui aussi nourri des jardins zen, d'après l'architecte.

Un jardin zen, explique Sugimoto, suppose un espace vide au milieu d'une végétation foisonnante. Le jardin d'origine avait ce vide, mais il manquait de plantations autour. L'équipe, avec les paysagistes Rhodeside & Harwell, a gardé les ormes historiques du pourtour. Elle a ajouté 57 arbres, des ormes d'Amérique aux cerisiers katsura, et plus de 40 000 plantes. L'objectif : une « forêt parfaite », différente d'un coin à l'autre.

Les nouveaux murs en pierre contiennent 950 tonnes de roche de Gloucester, dans le Massachusetts. Des maçons japonais les ont empilées à la main. Le lieu offre désormais davantage de sièges et d'ombre.

Les murs de pierre et l'héritage de Collins

Le Smithsonian avait déjà commandé en 1981 une refonte partielle à Lester Collins, qui avait verdi le plan plutôt nu de Bunshaft. Des défenseurs du patrimoine reprochent à la nouvelle version d'effacer ces éléments. La Cultural Landscape Foundation a classé le jardin comme « menacé ». Les murs de pierre empilés ont aussi suscité des critiques : ils abandonnent un élément central en béton, en accord avec la forme du musée.

Soixante sculptures, dont onze nouvelles

Dix-neuf des soixante œuvres n'avaient jamais été montrées au musée. Onze ont été ajoutées au jardin, de Woody De Othello à Chatchai Puipia. Quatre sont des commandes, signées notamment Izumi Kato et KAWS. Sugimoto y ajoute sa propre pièce, Passage of Reflectance, en acier inoxydable, glissée sous la passerelle qui relie le musée au jardin. Le Wish Tree for Washington de Yoko Ono, qui intègre un cornouiller vivant, est de retour.

Seeto décrit un parcours à travers l'histoire de l'art. Les Rodin de la collection servent de socle pour penser la sculpture moderne. Hirshhorn avait connu personnellement Henry Moore et Barbara Hepworth. Une galerie leur est consacrée.

Les sculpteurs danois Elmgren et Dragset signent Eight, une pièce en inox qui évoque une piscine de jardin posée sur le côté. Ingar Dragset précise que l'œuvre a été préparée pendant quatre ans, et que la réalité vient parfois commenter leurs pièces.

Notre regard

Le chantier tranche entre deux fidélités : celle à Bunshaft, dont Sugimoto reprend l'idée d'un grand vide, et celle aux ajouts de Collins, que des défenseurs du patrimoine voulaient préserver. Le débat n'est pas clos : la fondation a rangé le jardin parmi les sites « menacés » alors que les critiques portent sur ces éléments effacés. L'usage dira si les sièges, l'ombre et la plateforme de performance font du jardin le lieu de contemplation que souhaite Seeto.

Source : Wallpaper*

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