Le Musée national d'Écosse prépare une grande exposition sur l'Écosse romaine. Deux autels exhumés à Inveresk, village proche d'Édimbourg, y seront vus du public pour la première fois.
Une présence romaine que l'on devine mal
Le paysage écossais ne compte aucune ruine romaine à l'échelle de celles de Rome, de France ou d'Allemagne. « Beaucoup de gens pensent que les Romains ne sont jamais allés au-delà du mur d'Hadrien », dit l'archéologue Fraser Hunter, commissaire de l'exposition avec ses collègues.
Pourtant, Rome a lancé trois campagnes au nord de ce mur : sous Domitien dans les années 80, sous Antonin le Pieux dans les années 140, puis sous Septime Sévère au début des années 200. Des camps de marche ont laissé leurs contours dans les collines jusqu'au Tayside et aux Grampians. Une maison de bains subsiste dans une banlieue de Glasgow, un fort dans le Perthshire.
Inveresk, un fort plus vaste qu'on ne croyait
Inveresk n'a rien de romain en apparence : maisons du XVIIIe siècle, église de 1805. Selon Hunter, le site a pourtant abrité une immense installation militaire, liée à la campagne des années 140 et au mur d'Antonin, tracé entre les golfes du Forth et de la Clyde.
Les découvertes se succèdent depuis des siècles. En 1565, des habitants ont trouvé un autel au nom du procurateur, chef des finances de l'administration provinciale. Il est aujourd'hui perdu. Dans les années 1930, un chaudron de bronze est sorti de terre sous l'école locale. Dans un jardin privé, un fragment d'hypocauste, ce chauffage par le sol, repose encore sur quatre piliers de grès. Hunter pense qu'il appartenait à la demeure du procurateur Quintus Lusius Sabinianus.
Le site a aussi livré un grand tonneau de vin du Rhône, « pour les troufions » selon Hunter, des tessons de gobelets portant des noms de soldats typiques de la Dacie et de la Thrace, et un bol émaillé probablement fabriqué dans le sud de l'Angleterre. Hunter évoque l'hypothèse d'un amphithéâtre de bois, qui confirmerait l'importance du fort.
Les autels de Mithra et de Sol
En 2010, la reconstruction du pavillon de cricket a mis au jour deux autels de grès local, couchés sur le côté et enterrés à l'époque romaine, apparemment à dessein. Ils datent des années 140 et appartenaient à un mithraeum, temple du culte de Mithra, qui reposait sur des rituels secrets et une initiation complexe et plaisait beaucoup aux militaires.
Sur l'un d'eux, quatre visages féminins figurent les saisons. Dessous, le dieu Sol a les rayons évidés dans la pierre : une lampe placée derrière jetait dans le temple des lueurs vacillantes. Un crochet de fer, derrière sa bouche, devait porter un objet métallique que la chaleur de la flamme agitait, comme si le dieu murmurait. C'est l'idée de Hunter.
Des traces de pigment rappellent que les autels étaient peints. Le grès menaçait de s'effriter : les pièces ont suivi des années de conservation et de stabilisation.
Vie quotidienne, esclavage et clous
L'exposition montre aussi des chaussures de cuir de femmes et d'enfants, portées par les civils installés hors des murs du fort. Une épingle ornée d'un petit oiseau de bronze, trouvée près du Moray Firth, prouve la circulation d'objets romains bien au-delà des frontières de l'empire ; Hunter y voit peut-être un cadeau diplomatique.
Un reste de menottes, sans doute, trouvé à Inveresk, rappelle que l'économie romaine reposait sur l'asservissement des captifs. À Inchtuthil, une fosse de quatre mètres de profondeur découverte en 1959-1960 contenait un million de clous de fer, pour la plupart jamais utilisés. Le Musée national en possède 600 000 et Hunter aimerait un jour tous les exposer.
Le fort d'Inveresk avait des bâtiments de pierre et paraissait durable. L'armée s'en est pourtant retirée moins de 25 ans après l'avoir établi, et c'est pour cette raison que les autels ont été enterrés.
Notre regard
Un Inveresk majeur reste une thèse que défend Hunter, et non un consensus établi. Les fouilles futures dans les jardins du village diront si l'hypothèse de l'amphithéâtre tient. Hunter dit en tout cas avoir très envie d'en creuser certains.
Source : the Guardian