Une exposition d'Abou Dhabi suit la trace d'un groupe d'artistes irakiens né dans les années 1950. Elle montre comment son esprit d'expérimentation a voyagé jusqu'à aujourd'hui.
Un groupe fondé en 1951
Le Groupe d'art moderne de Bagdad a été créé en 1951 par Jewad Selim (1919-1961) et Shakir Hassan Al Said (1925-2004), deux des artistes les plus influents d'Irak. Autour d'eux se sont réunis de nombreux artistes, architectes et poètes du pays.
Leur but : bâtir une forme d'art nouvelle, capable de dialoguer depuis Bagdad avec un modernisme alors pensé à l'échelle du monde. La ville est abbasside, fondée en 762, et se rattache aux anciennes civilisations de Mésopotamie.
Le contexte irakien
Le Royaume d'Irak est devenu un État indépendant en 1932. Dans cette société sécularisée en formation, des artistes se sont demandé si les pratiques traditionnelles de « l'art islamique » pouvaient dire leur réalité contemporaine. Ils cherchaient un langage visuel plus efficace.
L'art moderne leur offrait une voie d'exploration. Les artistes irakiens y voyaient un espace mondial d'humanité partagée.
Plusieurs collectifs ont lancé des initiatives pour affirmer l'importance d'une représentation nationale par la culture, dont la promotion du mouvement moderne en Irak. Cette période a préparé ce qu'on appelle l'âge d'or irakien des années 1950. Une génération d'artistes y a posé des normes rigoureuses de théorie et de pratique.
Une exposition qui rassemble plusieurs générations
L'exposition s'intitule « All Manner of Experiments: Legacies of the Baghdad Modern Art Group ». Elle se tient à la galerie d'art de NYU Abu Dhabi. La commissaire, Nada Shabout, y réunit les artistes de ce cercle et ceux qu'il a influencés, à l'époque comme dans les générations suivantes, jusqu'à aujourd'hui.
Parmi les artistes présentés figurent Dia al-Azzawi, Hanaa Malallah, Sadik Kwaish Alfraji, Rasoul Alwan, Suad al-Attar, Walid Siti, Mahmoud Obaidi, Naziha Salim et Lorna Selim. La liste compte aussi, entre autres, Jewad Selim et Shakir Hassan Al Said.
L'esprit expérimental du groupe continue de résonner au-delà de Bagdad. Il oriente des artistes irakiens contemporains du monde entier et les relie entre eux.
La commissaire
Nada Shabout a beaucoup publié sur l'art moderne et contemporain arabe et irakien, et elle a organisé de nombreuses expositions. Elle a rejoint NYU Abu Dhabi comme chercheuse principale au centre al Mawrid pour l'étude de l'art arabe, et comme professeure invitée d'histoire de l'art. Elle est présidente fondatrice de l'Association for Modern and Contemporary Art from the Arab World, Iran, and Turkey (AMCA) et directrice fondatrice du Modern Art Iraq Archive (MAIA).
L'exposition est visible à la galerie d'art de NYU Abu Dhabi jusqu'au 3 janvier 2027.
Notre regard
Placer un groupe de Bagdad des années 1950 dans une galerie des Émirats arabes unis relie l'histoire irakienne à ses artistes d'aujourd'hui dans le monde. Le texte de présentation nomme les artistes réunis, mais ne dit rien des œuvres montrées.
Source : Hyperallergic