Un tableau de Camille Pissarro, resurgi en 2024 dans une vente londonienne, doit retourner à la famille de son ancien propriétaire. Le tribunal de Paris l'a décidé jeudi 5 novembre, au nom de la spoliation subie sous l'Occupation.
Une identité à révéler
Le point pratique est de savoir qui détient la toile. Le tribunal a donc ordonné à Sotheby's de communiquer aux demandeurs, sous deux mois, l'identité complète de l'acheteur de la vente de 2024. Passé ce délai, une astreinte, c'est-à-dire une somme due pour chaque jour de retard, s'appliquera : 1 000 euros par jour.
Selon les juges, sans ce nom, la famille ne peut pas se tourner vers le dernier acquéreur pour réclamer le tableau. Ils y voient aussi une entorse à l'ordonnance du 21 avril 1945, qui veut rendre aux victimes ou à leurs héritiers les biens eux-mêmes, et non une compensation.
L'appel éventuel des parties ne suspend pas l'application du jugement.
Les ventes successives annulées
La famille Flavian a démontré, selon le tribunal, que son aïeul possédait bien le tableau et que les Allemands l'avaient confisqué. Le collectionneur avait d'ailleurs entrepris des démarches pour récupérer ses œuvres après la guerre.
Le tribunal a donc constaté « la nullité de toutes les ventes successives » depuis la spoliation, y compris celle du 25 juin 2024 à Londres. Autrement dit, ces ventes sont tenues pour sans effet. Il a ordonné la restitution « en quelques mains et quelque lieu qu'elle se trouve ».
Une toile saisie en 1941
L'œuvre s'intitule « Le Port de Dieppe » ou « Darse de pêche et bassin Duquesne, Dieppe, après-midi ensoleillée ». Pissarro l'a peinte en 1902. En 1935, le banquier et collectionneur franco-roumain Salomon Flavian l'a acquise.
En 1941, les nazis l'ont saisie avec d'autres tableaux, en application des législations antisémites de l'Occupation. Elle a ensuite été perdue de vue pendant longtemps.
Elle a refait surface en 2024 lors d'une vente de la maison Sotheby's. Le prix d'adjudication a atteint 1,2 million de livres sterling, soit 1,4 million d'euros. Les descendants du collectionneur ont alors saisi la justice.
Source : franceinfo