Le T-shirt noir, raccourci vestimentaire du pouvoir en politique

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Longtemps rangé parmi les basiques, le T-shirt noir est passé au premier plan en politique. Il sert désormais de raccourci pour signaler le pouvoir, selon des spécialistes de la mode.

Une image de marque qui se dit indifférente

Johnny Davis, directeur du luxe au magazine Esquire, compare ce look à Steve Jobs et à son col roulé noir : de la marque personnelle déguisée en désintérêt pour les vêtements. Il y voit un tour de force.

Selon lui, ce choix suggère qu'on est trop occupé à faire quelque chose d'important pour perdre du temps à choisir sa tenue. Une fois la tenue signature établie, on devient immédiatement reconnaissable.

De la manche retroussée au T-shirt

Avant, pour montrer qu'ils étaient sérieux, des responsables comme Barack Obama ôtaient leur veste et retroussaient leurs manches. En mai, Keir Starmer a fait penser à John Major en montant sur scène sans veste, les poignets de chemise repliés, après de très mauvais résultats électoraux.

Pour Davis, le T-shirt noir en est la suite : on n'a même plus besoin de retrousser ses manches.

Pourquoi noir, et pas blanc

David Hellqvist, rédacteur mode et auteur de « Blue-Collar Modernism », décrit le noir comme la couleur de l'intention et de la détermination. Davis juge que le blanc évoque trop James Dean et Marlon Brando, une image de sex-symbol des années 1950 un peu trop appuyée.

Le noir, dit Davis, « rayonne d'autorité, de sérieux, d'une masculinité sans chichis ». Il l'associe à Jason Statham, au tueur John Wick de Keanu Reeves et au chanteur punk de Black Flag Henry Rollins : quelqu'un qui fera le travail quoi qu'il en coûte.

Abdul El-Sayed, le T-shirt comme signature

Le démocrate progressiste Abdul El-Sayed est devenu cette semaine le premier musulman élu au Sénat des États-Unis. Pendant sa campagne d'un an, il a porté un T-shirt noir ajusté, avec un jean et des bracelets d'amitié réalisés par ses enfants. Il résumait ce style par « minimal look, maximal politics ».

Interrogé sur ce choix, il a répondu que c'était la chemise idéale pour quelqu'un qui passe ses journées dans des lieux très différents. Le col en V et la coupe serrée mettent en valeur une silhouette que la BBC a jugée très musclée. Hellqvist y lit de la confiance : El-Sayed est à l'aise dans son corps et le montre, ce qui fait écho à sa manière de faire de la politique, sans avoir besoin d'annoncer qu'il va retrousser ses manches.

Davis oppose ce style à celui de Donald Trump : d'un côté une version presque exagérée de l'habit de pouvoir d'entreprise, de l'autre une tentative d'établir une tout autre idée de l'autorité. Face à l'esthétique Maga des costumes amples, le T-shirt adoucit la frontière entre politique et public, et reste anti-establishment sans rebuter. À force d'être répété, il a aussi aidé El-Sayed à paraître familier, à l'écran comme en meeting.

D'autres l'ont adopté

Le T-shirt noir est un élément clé du look « homme du peuple » d'Andy Burnham. Kemi Badenoch a même réduit le premier ministre à une paire de cils et un T-shirt noir. En juillet, l'ancien premier ministre israélien Naftali Bennett a troqué ses chemises et costumes pour un T-shirt noir et un jean, afin de tenter un retour politique. Ses équipes de campagne voulaient le rendre plus jeune, plus accessible et plus énergique, selon des informations de presse.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, lui, en a fait un symbole de patriotisme et de solidarité.

Source : the Guardian

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