Philippe Jaenada reçoit le Goncourt 2026 pour son roman-enquête

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Le prix Goncourt 2026 couronne un roman-enquête sur un crime vieux de 77 ans. Philippe Jaenada l'a reçu mardi après-midi pour « L'Inconnue du quai de Javel ».

Une victime que la police avait mal jugée

Le livre reconstitue la mort de Louise Cansot, une Bretonne de 29 ans. Son corps a été découvert le 7 septembre 1949. La police n'a jamais établi l'identité de son meurtrier.

Dans le Montparnasse de l'époque, on l'appelait « la femme aux cent portraits », tant les artistes se la disputaient comme modèle. Elle avait quitté la Bretagne à 16 ans pour travailler comme domestique. Elle a ensuite posé pour le peintre Jean-Louis Boussingault, qui l'a présentée à d'autres peintres et sculpteurs parisiens.

Le rapport de police initial comptait 300 pages. Il la décrivait comme une femme de mauvaise réputation. Les journaux de l'époque avançaient qu'elle était prostituée ou toxicomane.

Réparer l'enquête d'origine

Le roman de Philippe Jaenada s'étend sur 530 pages. Il propose un nom pour le meurtrier. Il s'attache aussi à comprendre la victime avec empathie, pour corriger ce que l'enquête de 1949 avait écrit sur elle.

Le Monde a salué un auteur qui ne ménage aucun effort pour comprendre son héroïne. Le quotidien a aussi loué l'humour du livre et sa « touche de tendresse grincheuse ».

Pour nourrir son livre, l'écrivain a lu et relu 74 des 75 romans de la série du commissaire Maigret, de Georges Simenon. Cette série se déroule dans le Paris des années 1940.

Un auteur qui attendait ce prix

Jaenada avait déjà figuré quatre fois sur la dernière sélection du Goncourt sans l'emporter. Cette fois, son treizième roman est le bon.

Né en Île-de-France, il a fait des vieilles affaires criminelles sa marque depuis « Sulak », en 2013. Ce livre racontait le parcours d'un braqueur de bijouteries des années 1980, aussi charismatique que célèbre pour ses évasions.

L'ombre d'une polémique sur l'IA

L'édition 2026 a été troublée par une accusation visant un autre livre de la première liste. « C'était ça ou mourir », de l'auteur canado-haïtien Thélyson Orélien, aurait été écrit presque entièrement par une intelligence artificielle.

L'Académie Goncourt, organisation littéraire parisienne, a retiré l'ouvrage de sa liste. L'éditeur canadien Boréal a rompu avec l'écrivain après une enquête. Thélyson Orélien conteste avoir utilisé l'IA pour rédiger son roman.

Notre regard

Le Goncourt récompense ici un livre dont la méthode compte autant que le sujet : la réhabilitation d'une femme jugée sur sa réputation plutôt que sur des faits.

Une question reste ouverte : le nom du meurtrier avancé par l'auteur sera-t-il retenu comme une réponse à l'affaire, ou lu comme une hypothèse littéraire ?

Source : The Guardian

Rédigé avec le concours de